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Eclatobulle

Le BOY : Babylone

31 Mars 2013 , Rédigé par Eclatobulle Publié dans #Essai

Episode 2 : Babylone

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Vingt-deux heures et quatre minutes. Le Boy s’impatientait déjà. Si dans une minute, la Belle n’était pas là, tant pis pour elle. Le Boy avait la réputation de ne pas être patient et rien ne l’exaspérait tant que les gens en retard à un rendez-vous convenu d’avance.


La Belle le savait pourtant.


Vingt-deux heures et cinq minutes. Il lâcha la monnaie sur le comptoir comme on jette des miettes aux pigeons et sortit du bar à péquenauds.


Le Boy se planta au milieu de la rue et regarda à droite puis à gauche. La Belle n’était toujours pas en vue.


“Have a good time la Belle !” pensa le Boy…


Il s’engagea dans la ruelle d’en face et arriva sur la Grand-Place. Il traversa la route et se dirigea vers l’angle opposé. Chemin faisant, il repensa. Son entrevue avec Caldera cette après-midi s’était soldée par un échec. Mais il avait récupéré son feu, c’était déjà ça. Les choses se compliquaient un peu plus et son retour sur Lille allait faire les gorges chaudes dans tout le milieu et ce, dès le lendemain.


Il le savait, ils ne seraient pas nombreux à l’accueillir, les bras ouverts. Il savait aussi que s’il voulait reprendre pied sur la Plaza, le sang coulerait. A pas cadencés, ses talons tapant le sol avec toute la force de sa détermination, il avançait dans la ville, direction Masséna.


Vingt-deux heures quinze, le Boy était déjà loin du bar lorsque la fusillade éclata. Il ne l’entendit pas d’ailleurs.



**********


C’était un carnage monstrueux. La belle n’avait jamais vu ça auparavant. Qu’est-ce qui avait bien pu pousser ces hommes à commettre une telle boucherie ? Bien que complètement choquée, elle avait eu le temps de jeter un coup d’œil aux victimes, et elle n’avait rien vu qui ressemblait de près ou de loin au Boy.


Il avait sûrement déjà foutu le camp. Elle avait fait demi-tour pour rejoindre José qui était en train de vomir à proximité des premiers cadavres. Elle le remit sur pieds et ils s’en retournèrent à son appartement.


José ne semblait pas bien du tout, il essayait de parler mais aucun mot ne sortait de sa bouche. La belle fouilla ses poches et trouva les clés. Elle ouvrit la porte d’en bas puis ils montèrent. Elle ferma à double tour et José se dirigea illico vers les toilettes. Elle l’entendit qui gerbait une nouvelle fois, en jurant ! Ca y est, il allait reprendre ses esprits.


La Belle était calme. Le Boy s’en était sorti, elle le savait, elle le sentait. “Alors José, ca va mieux ?”


José venait de s’affaler dans le canapé, le visage dans ses mains.


“Putain… tu te rends compte qu’à deux minutes près, on faisait partie du carnage… nom de Dieu, mais tu as vu ces types, on se serait cru à Hollywood. Il est où Clint Eastwood bordel ? Et ne me dis pas que tu es mêlée à tout ça la Belle… Pourquoi tu voulais aller dans ce bar à cette heure et pourquoi tu m’as demandé à moi ? Merde, je comprends que dal !”


José semblait à présent en colère contre la Belle et il y avait de quoi. C’est vrai qu’elle ne s’attendait pas à ça, elle ne comprenait d’ailleurs pas ce que cela signifiait. Elle avait un vague pré-sentiment… une boucherie à la sauce Caldéra comme Lille n’en avait plus goûté depuis le tir de roquette sur une boîte bondée des 4 cantons, qui avait fait plus de vingt morts. Elle pensait que ça avait malgré tout à voir avec le retour du Boy… mais comment avaient-il su que le Boy se trouverait au Monde moderne ce soir ? Elle n’en avait parlé à personne…


Le Boy ne penserait-il pas que c’était la Belle qui l’avait balancé quand il apprendrait la tuerie des trois couronnes. Elle se sentit très mal…

 


 

*********


Dans le centre de Lille, ce fut rapidement le branle-bas de combat. Les ambulances arrivaient en nombre et la zone fut rapidement bouclée par la Police et la gendarmerie alertées par les riverains.

 


************


Le Boy récupéra sa moto, laissée à l’angle de la rue de Ratisbonne. Il l’enfourcha et disparut dans le dédale des rues de Lille, vers l’autoroute. Il s’y engagea, direction la campagne, là où il s’était posé avec ses trois lieutenants : Mike, Tony Garza Jr et Frédo le Terrible.


Tous trois étaient inconnus du milieu lillois et lorsqu’ils partaient en prosp’, ils n’avaient pas de mal à trouver des gars affranchis. Voilà huit mois que patiemment, le Boy et ses lieutenants tissaient dans l’ombre un réseau parallèle à celui de Caldéra. En huit mois, il avait rassemblé une vingtaine de gars, tous motards chevronnés, sous le nez de cet enfoiré de Caldéra qui ne se doutait de rien. Non, il ne savait rien. Le Boy en avait à présent le cœur net car son entrevue du jour le lui avait confirmé. Il se croyait seul sur la Plaza, omnipotent, contrôlant tout du nord au sud et de l’est à l’ouest de Lille et de sa métropole.


Bien que visiblement très contrarié, il n’avait pas refusé l’idée du partage de territoire qu’était venu lui proposer le Boy. Il ne l’avait pas accepté non plus… “Tu sais le Boy, ça fait longtemps que tu es parti… je ne sais pas…” Caldéra lui avait seulement demandé de pouvoir y réfléchir. C’était clair pour le Boy. Malgré tout, tous deux avaient rendez-vous le soir même, à 22h15 précise, dans un bar du centre - le Monde moderne - un terrain neutre, pour en rediscuter.


A son retour, le Boy avait débriefé ses lieutenants.


“Il va tomber de haut, ce guignol ! Pas vrai le Boy ?” avait déclaré Tony après l’avoir écouter. Les yeux noirs du Boy fixèrent Tony avec intensité…


“C’est possiblement possible !” avait rétorqué le Boy. Il n’ajouta rien de plus.


L’horloge au mur affichait vingt-trois heures et cinquante-deux minutes. A cette heure-ci, la guerre était sans doute déclarée, pensa le Boy. Il espérait que la Belle n’en avait pas fait les frais. Impossible de la prévenir. Il l’aimait bien cette garce, même si c’était une ancienne pute de Caldéra, mise au placard suite à un cancer de l’utérus. Mais elle avait survécu.


Le Boy donna les consignes pour le lendemain et il se retira dans sa tanière. Lui et ses lieutenants vivaient dans une ferme à cour carrée transformée en habitation de luxe, achetée cash par le Boy à une famille de rigolos dont le mec bossait dans les assurances.


C’est là que le Boy avait installé sa base. Il aimait le luxe le Boy. Loin de la ville, dans un bled paumé, il avait fondé un club de motards : les Choppers Leuk.

 

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Aux yeux de tous, c’était des dingues de motos et de bagnoles, qui réparaient les voitures de collection des bourgeois du coin. Une couverture nickel, montée de toute pièce par le Boy.


Il occupait la partie du fond de la ferme.


Il s’installa dans le fauteuil et alluma la télé. Si Caldéra avait mordu à l’hameçon, les chaînes d’info devraient déjà être en train de diffuser des news.


Sur i-télé, les images étaient hallucinantes : des gyrophares, des ambulances et des flics partout ! Visiblement, Caldéra avait fait les choses en grand. Le bilan n’était pas définitif, mais le journaliste annonçait huit morts et de nombreuses autres personnes entre la vie et la mort. Le centre de Lille était réputé pour être une terre sacrée, neutre. Manifestement, Caldéra s’en foutait. Il voulait la peau du Boy.


“Quel enfoiré !” cria-t-il ! Caldéra avait choisi l’option “bain de sang” pour la guerre qui venait de se déclencher. Le Boy s’en doutait, il l’avait provoqué en revendiquant le territoire. Il n’eut pas la moindre pensée pour les innocentes victimes du bar à péquenauds. Il éteignit la télé et alla se coucher. Demain, il faudrait répondre de façon adaptée, ciblée. Son plan était au point.


“Ca va saigner !” murmura froidement le Boy.


Dans les jours qui suivirent, Lille fut le théâtre de nombreux meurtres de sang-froid. Les hommes de Caldéra étaient partout la cible de tueurs inconnus, agissant vite et sans erreur. Caldéra n’était pas dupe. Il savait que c’était le Boy qui était derrière tout ça. Dans Lille, la nouvelle passa de putes en dealers et se répandit, cela va de soi, comme une trainée de poudre : Le Boy est de retour et Caldéra veut sa tête au bout d’une pique, mort ou vif !


La chasse à l’homme s’organisa. Les petites frappes du coin se frottaient les mains. Le Boy était une cible facile à repérer.


La police, la mairie, tous étaient complètement abasourdis devant cette guerre des gangs d’une violence inouïe. Lille n’avait jamais connue ça auparavant et le commerce dans la ville commençait déjà à en pâtir. Le business des putes de Caldéra était en chute libre. L’idée de se prendre une bastos perdue, leur queue dans la bouche d’une roumaine de seize ans, ne faisait plus bander les charlots et les obsédés sur la Plaza.


Martine Aubry multipliait les appels au calme, en vain : “Tout est sous contrôle, la police veille !” Pourtant, le lendemain, c’était une nouvelle tuerie qui faisait la une du JT. A cause des restrictions budgétaires, Police et gendarmerie étaient submergées par une guerre de cette ampleur. “On manque d’effectifs Madame Aubry !” avait lâché le chef de la Police. Surtout, il n’y avait pas le début du commencement d’une piste, à part quelques vidéos de types en moto, qui arrivaient, qui flinguaient et qui repartaient aussi vite. Une fois, un véhicule de la police avait réussi à prendre un de ces motards en filature, au prix d’une époustouflante course-poursuite dans la ville et sur l’autoroute vers la Belgique. Finalement, ils avaient perdu la trace quand la moto s’était engagée le long d’un canal, à travers la forêt.


En trois semaines, Caldéra avait perdu quarante-huit de ses gars. Il était sur le qui-vive, retranché dans son Hacienda, sur Bondues. Le Boy était en train de frapper fort et fidèle à sa réputation, de façon très chirurgicale.


Les consignes étaient claires avec le Boy : aucune victime en dehors des sbires de Caldéra. Ses équipes étaient au top et les lieutenants du Boy avaient vraiment choisi des pointures. Là encore, il s’agissait de mecs inconnus sur Lille. C’était un des critères imposés par le Boy. Tous étaient payés cash à la mission, 25.000 €. C’était trois fois le prix sur le marché. Le Boy s’en foutait car son Business sur Paris lui rapportait gros, très gros. La loi du silence était parfaitement respectée.

 


***************


La Belle se remettait tout juste des coups reçus au visage et de sa côte cassée. Ses parties intimes continuaient à lui faire mal.


“Ce sera assez long !” avait dit le docteur.


Cela faisait cinq jours qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de son fils. Mais il était en sécurité.


La Belle repensa. Bruno avait été buté en pleine rue par un motard et dans la foulée, Caldéra avait envoyé trois mecs la choper.


Elle ne s’était pas laissée faire. Furieux, les trois brutes l’avaient violé à tour de rôle. Elle était tombée dans les pommes, malgré leur infâme brutalité et la douleur déchirante !


Quand elle revint à elle, son corps n’était que souffrance. Elle restait allongée car il était impossible pour elle de s’asseoir, tant elle avait mal. Caldéra l’avait interrogée violement, la giflant, lui donnant des coups de pied dans le ventre, l’offrant à nouveau sans vergogne à deux types qui prenaient leur pied à la violer encore et encore. Elle avait le visage couvert de leur sperme, qui brûlait en s’écoulant sur ses blessures. Elle arrivait encore à crier…


“Alors la Belle, il est où le Boy ? Tu vas parler, salope !” Caldéra ponctuant sa phrase avec un coup de poing au visage. Le temps n’avait plus de sens et la Belle espérait mourir sous les coups, vite. Mais elle ne dirait rien, car elle ne savait rien sur le Boy. Caldéra enfonçait son flingue dans la bouche de la Belle jusqu’à lui en déformer les traits en un rictus morbide. Elle étouffait, vomissait. Il la tenait par les cheveux. Finalement, Caldéra ordonna : “Virez-la !” Elle fut jetée dans la Deûle, laissée pour morte. Elle coula quasi-instantanément et espéra que la mort la prendrait vite.


Il en fut autrement car un jeune homme avait assisté à la scène, planqué. Après que les hommes soient partis, il s’était lancé à l’eau et avait remonté sans trop de mal la Belle. Elle vivait encore et trente minutes plus tard, elle était dans une ambulance, sirènes hurlantes, en direction du CHR.


Après trois jours, elle était sortie des soins intensifs et elle se remettait correctement de ses blessures.


Le Boy avait finalement retrouvé sa trace, par l’intermédiaire de Sitha, qui s’était occupé du fils de la Belle, ne sachant pas où cette dernière était passée. Elle avait disparu si soudainement.


La police l’avait bien sûr interrogée mais elle n’avait pas dit la vérité. Le Boy était venue la voir. Dehors, la guerre allait entrer dans sa sixième semaine et Caldéra offrait à présent 150.000 € pour la tête du Boy. Le Boy se marrait car il savait que Caldéra était aux aboies mais pas encore assez à son goût.


La Belle put enfin sortir de l’hôpital après trois semaines de soins. C’est Sitha qui vint la récupérer. Caldéra avait su que la Belle n’était pas morte mais il avait décidé de laisser tomber car visiblement, elle n’avait pas parlé aux poulets. Il en avait finalement conclu qu’elle ne savait rien à propos du Boy. Face à un tel traitement, elle aurait parlé si elle savait quelque chose.


Le Boy, quant à lui, restait introuvable. Les putes, les indics, les camés… personne ne savait qui étaient les types qui agissaient pour le compte du Boy. La guérilla que ce dernier menait était d’un genre nouveau et elle prenait de court tout le monde. Police comme truands, tous pataugeaient dans l’épaisse boue gluante de sang, laissé sur le sol par les cadavres.


Dans le camp de Caldéra, les déplacements se faisaient désormais sous bonne escorte. Un motard arrêté sur le bord de la route mettait tout le monde en alerte, une paranoïa s’emparait peu à peu de chacun d’eux.

 


************


Puis plus rien.


Les attaques contre Caldéra cessèrent du jour au lendemain. Le calme était revenu. La police souffla, doucement, de peur d’attiser à nouveau les braises. Cela aussi faisait partie de la stratégie du Boy : que règne un air paisible, tranquille avant la tempête. Pour l’heure, il aimait jouer avec les nerfs de la partie adverse. En cet instant, Caldéra ne devait plus savoir quoi penser. Il avait perdu l’initiative et il subissait à plein la loi du Boy. Et cela dura…

 


************


Deux mois plus tard.


Le Boy consulta son portable. Un message venait de s’afficher : “Now !”


“Allez, on y va, la Belle !” dit le Boy.


“Yes, my lord !” avait-elle répondu. Installée à l’arrière, la belle savourait l’instant, solidement plaquée contre le Boy. Tous deux filaient vers la Hollande, via la Belgique. Le Boy engagea sa moto sur la nationale 227, qui traversait Villeneuve d’Ascq. La circulation était assez dense pour un mardi après-midi. Il faisait beau.


Le Boy accéléra. Il enquilla sur la voie de gauche alors que la courbe de Babylone approchait. Trois voitures se trouvaient devant eux. Le Boy accéléra encore, profitant de la force centrifuge du virage. Sur la droite, un Q7 ”black” amorçait la courbe.


Un éclair zébra l’espace lorsque le soleil frappa le métal pâle du Magnum 44 que pointait le Boy sur le conducteur du Q7. Un coup, un seul fut tiré par le Boy, en pleine course, à pleine vitesse, d’une précision hallucinante. Le coup tiré avec une telle maîtrise atteignit le conducteur du Q7 juste derrière l’oreille. La balle explosa la partie opposée de la boîte crânienne de l’homme en ressortant.


Le Boy stoppa la moto, en travers de la route. La belle et lui se retournèrent pour voir la formidable embardée que le Q7 avait effectué dans la courbe de Babylone. Le Boy mit la moto sur la béquille, descendit et se dirigea vers la carcasse de la voiture, son couteau à la main, ses talons tapant avec bruit le macadam.


“Je reviens !” avait-il lancé à la Belle.


Derrière l’accident, la circulation était obstruée. Il avait du temps.


Arrivé à hauteur du véhicule déchiqueté, il vit le corps de l’homme qu’il venait de flinguer. Il avait été projeté en dehors de l’habitacle et il gisait en partie dénudé, la moitié de son visage manquait. Il se pencha sur le cadavre, arracha le morceau de chemise qui couvrait encore le torse. C’est là, à la pointe de son couteau qu’il grava sur la peau de l’homme :


7 - 12  - 1/1


Il cracha sur le cadavre d’El Mojito, premier lieutenant et demi-frère de Caldéra.


De retour à la moto, la Belle demanda : “Il est mort ?”


Un sourire en coin et les yeux sombres, le Boy répondit :

 

“C’est possiblement possible !”

 

A suivre.

 

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