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Eclatobulle

Songe maritime

26 Novembre 2010 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Essai

Parce que la vie est faite de rencontres auxquelles on ne croît pas, ou peut être plus... et puis soudain, le soleil apparaît, d’abord timidement, c’est un autre jour et le cauchemar qui peuplait les ténèbres s’arrête comme par enchantement... C’est alors que l’ombre devient lumière... il est l’heure, sacrebleu !

 

Ce texte, c’est ma punition et je l’a dépose humblement sur le bureau de... en réclamant l’indulgence du jury :-)

 

Pour l’agrémenter, quelques images de l’heure bleue, qui vous raviront l’âme je l’espère ! A cette occasion, je suis à nouveau ravi de présenter une création photographique signée par la très talentueuse Millimagenta !

 

Bonne lecture !

 


 

Chapitre premier : Maggy la Rêveuse

 

 

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Mardi seize novembre, six heures dix le matin... Une brise froide et sèche soufflait sur la lande. Hormis le lancinant chuintement du vent dans les herbes, tout était calme... L’aube qui bientôt se lèverai poudroyait déjà l’horizon de ses reflets glacés. Les étoiles, nombreuses dans le ciel, faiblissaient peu à peu...

 

Sur la route qui menait au cap, pas une voiture ne venait troubler la sérénité de l’instant. Immense, effrayant presque, le phare de Gatteville était là, seul face à sa mer, qu’il défiait de toute sa hauteur. A cette heure bien matinale, c’était marée basse et le colosse de granit n’avait pas encore les pieds dans l’eau.

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Assise sur la digue qui courait jusqu’au phare, une silhouette se détachait dans un halo diffus, sombre et mystérieux. Maggy la Rêveuse attendait. Le vent faisait voler les boucles rousses de ses cheveux. Non loin, une belette à queue rouge poussa un cri de surprise quand un goéland taquin vint lui chiper une touffe de poils sur la tête.

 

“Cette belette devrait le savoir... faut toujours se méfier des goéland taquins !” voilà ce que pensa Maggy en cet instant. En tout cas, Maggy, elle s’en méfiait et avait tout prévu. Ce matin, comme tous les matins où elle venait là, elle portait sur la tête sa chapka en poils de hyène, achetée à bon prix sur internet et dont l’odeur était particulièrement réputée pour repousser les géolands de toutes plumes en ces contrées aquatiques si fortement peuplées du facétieux volatile marin. Peut-être confierait-elle à cette belette sans cervelle l’adresse du site internet afin qu’elle puisse s’en procurer une...

 

Maggy aimait aller le matin sur la digue de Gatteville. Elle choisissait toujours le même endroit, pour se poser. C’était sur la gauche de la chaussée, sur la vingt-quatrième pierres à partir du début de la jetée. Ce chiffre avait pour elle tellement compté dans sa vie. Il portait en lui tant de souvenirs merveilleux...

 

Maggy n’était plus une adulte, pas encore un enfant. Elle balançait ses pieds dans le vide, elle s’impatientait. Elle était là pour... l’heure bleue !

 

C’est ainsi qu’elle appelait l’instant délicieux qui n’était pas encore le jour, mais plus tout à fait la nuit...

 

 

l’heure bleue,


c’était un entre-deux,


un plaisir pour ses yeux !


 

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C’était le moment où elle se laissait emporter vers des mondes merveilleux, des univers improbables où tout était possible, le pire comme le meilleur !

 

Maggy ferma les yeux ! Elle resta ainsi quelques secondes. Lorsqu’elle les rouvrit, l’heure tant attendue habillait tout d’azur... Maggy n’y résista pas. Elle se laissa envelopper de bleu. La réalité de l’instant semblait ne plus être. Dans ce bleu infini, le temps avait cessé d’exister, pour un temps ! Les êtres et les choses furent alors différentes, pas au premier coup d’oeil.

 

La rêveuse cligna des yeux, tourna la tête et regarda vers le large. La mer calme semblait à présent agitée par quelque démon invisible. Elle ondulait imperceptiblement et sur la surface plane se dressait lentement des épines liquides, comme attirées vers le ciel pour le transpercer !

 

Non loin, une bulle d’eau se forma sous l’effet d’une magie qui lui était inconnue. Cette bulle liquide, si ronde, si parfaite, semblait venir vers elle. Maggy ne bougea pas, elle se leva même, solidement campée sur ses pieds, les poings sur les hanches. La bulle d’eau approchait. Elle s’arrêta à quelques mètres, là, juste devant elle.


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Il y avait en elle une énergie captivante, envoûtante, séduisante. Elle n’eut pas peur, non !

 

Elle tendit la main devant elle, comme pour la toucher... la bulle éternua !

 

“Pouah ! Mais c’est dégoûtant, j’en ai partout moi maintenant !” s’écria Maggy, énervée.

 

“Désolé Maggy la Guerrière, la brise est fraîche et en sortant de l’eau, je crois que j’ai pris froid, j’espère que tu ne m’en veux pas ?” Ainsi s’exprima la bulle d’eau. Elle poursuivit. “Maggy la Guerrière, j’ai reçu ordre de venir te chercher, viens avec moi, si tu le veux ?”

 

“Maggy la Guerrière ? Hum... Pourquoi pas. C’était l’heure bleue et Maggy la Rêveuse le savait, tout est désormais possible... Elle accepta. La bulle d’eau changea de forme, pour devenir aussi plate qu’un CD de Francis Lalanne.

 

“Monte Maggy la Guerrière, fais-moi confiance, ton peuple t’attends maintenant !” Elle avança un pied, qu’elle posa doucement sur le disque liquide, s’attendant vraissemblablement à passer au travers... Non, son pied s’enfonça légèrement dans l’eau puis ne bougea plus, comme collé à la superglu.

 

Cela lui fit une drôle d’impression. Elle bascula son poids et avança la seconde jambe. Son deuxième pied se colla lui aussi à la surface liquide. L’ensemble était étrangement stable.

 

“Si tu es prête Maggy la Guerrière, nous y allons, car le temps presse désormais !” Ainsi perché sur son mince lit d’eau, elle se laissa emporter au-dessus des flots. Bientôt, le disque profila sa ligne et devint un surf d’argent, fendant l’air à vive allure. Maggy s’était vite pris au jeu. Maintenant, elle riait à s’en fendre l’âme, en criant des “Wouah ! Plus vite !”

 

Après un temps, le surf d’eau commença à ralentir, à l’approche d’une immense nappe de brouillard. Maggy était là, seule au milieu de cette immensité aquatique, devant cette brume épaisse.

 

“Maggy la Guerrière, nous sommes arrivés aux portes des brumes solaires. C’est un ce lieu qui vit le peuple des phénix !”

 

Le peuple des phénix ? “Extra !” pensa Maggy. “J’adore ces bêtes-là ! Le dernier que j’ai vu, c’était dans Harry Potter ! Fumsec qu’il s’appelait... peut-être qu’il sera là ? C’est chouette, s’il connaît Harry, peut-être qu’il me le présentera. J’ai deux ou trois questions à lui poser à ce p’tit gars !”

 

Le surf d’eau avança doucement et pénétra dans la brume. Maggy s’attendait à avoir un peu froid. Mais non, la brume solaire était chaude et bientôt des perles de sueurs coulèrent le long de ses joues... elle portait toujours sa chapka.

 

“C’est un sauna ici ! Les phénix, c’est frileux ces bêtes-là ? Ils sont où d’abord ? Je ne vois rien dans cette purée de pois !” déclara-t-elle à la planche qui sous l’effet de la chaleur était en train de s’évaporer.

 

“Je ne sais pas, c’est la première fois que je viens ici moi, c’est ma mer qui m’a demandé de venir, après pour le reste, moi, j’en sais rien !” dit la planche. “C’est vrai qu’il fait chaud, je suis en train de bouillir ! Si tu veux te faire un thé, c’est le moment !”

 

Plusieurs minutes s’écoulèrent. Maggy et sa planche sortirent alors de la brume et devant eux, une montagne bleue flottait dans les airs. En tous sens volaient de magnifiques oiseaux aux couleurs de l’arc-en-ciel.

 

La planche prit de l’altitude et se dirigea vers la montagne. Elle était immense ! Autour d’eux, le gracieux ballet des phénix continuait. La montagne, qui de loin semblait parfaitement lisse laissait à présent entrevoir une étonnante végétation à sa surface. D’infinies nuances de bleues commencèrent alors à se révéler peu à peu. Ici et là, des champignons fins et gracieux poussaient, des herbes crolles aussi. L’air portait en lui un doux parfum de chou brûlé. Maggy adorait le chou... bien cramé !

 

Il y avait aussi des arbres, mais pas comme ceux que Maggy connaissait. D’abord parce que tous ces arbres étaient bleus. Sur les branches, il n’y avait pas de feuilles, mais des plumes. C’était joli.

 

Ils avancèrent. Bientôt, la forêt laissa la place à un grand espace dégagé, dallé de pierres bleues, elles aussi. Leur surface était légèrement scintillante.

 

“Tiens, c’est bizarre ça, drôle d’architecture !” Partout, il y avait des piliers de pierres, entre lesquels étaient tendues d’imposantes poutres faites d’une matière que Maggy n’avait encore jamais vu. Ce n’était pas du métal, pas du plastique non plus. Un cercle était dessiné au sol, au milieu de cet espace dressé de piliers et de poutres. C’est là que vint se poser le surf. Il s’arrêta à quelques centimètres du sol... puis se désagrégea. Maggy passa au travers et retomba quasi-instantanément sur ses pieds.

 

“Adieu, surf d’argent !” pensa Maggy. Elle était seule au milieu de ce qui semblait être une place, un endroit si grand qu’elle n’en voyait pas très bien les limites. Elle sauta à cloche-pied pour se donner un peu d’allant. Que devait-elle faire à présent ? Où devait-elle se rendre ? Les phénix tournaient toujours loin, au-dessus de sa tête.

 

C’est alors qu’une cloche se mit à sonner. Les phénix plongèrent vers la place et vers elle. Dans de grands bruissements d’ailes, ils se posaient sur les poutres tendues entre les piliers, sur ces perchoirs géants !

 

Des milliers d’oiseaux convergeaient à présent. En quelques minutes, la place fut remplie et un magnifique tableau aux couleurs chatoyantes s’offrait à la vue. C’était éblouissant, d’une telle beauté... “C’est pas vrai, et dire que j’ai encore oublié mon appareil photo ! Déjà que la dernière fois, dans la mêlée des dieux du Stade, je ne l’avais pas...”

 

Sur un perchoir plus haut que tous les autres, sept phénix vinrent se poser. Le silence se fit.

 

Maggy avait à nouveau repris sa position préférée. Les pieds bien plantés dans le sol, les poings fermés posés sur les hanches. Le nez en l’air, elle regardait tous ces emplumés sans sourciller.

 

C’est alors que l’un des sept phénix parmi les plus hauts perchés prit la parole :

 

“Maggy la Guerrière, nous t’attendions depuis longtemps. L’heure bleue est enfin venue pour le peuple des phénix de partir à l’assaut de Gatteville, terre des grisailles, nous sommes décidés à lui en faire voir de toutes les couleurs ! Tu dois prendre la plume que je te tends, c’est écrit : il te faut nous mener aujourd’hui au combat ! Les phénix comptent sur toi, c’est à présent ta destinée. Dans son grand égoïsme, ce phare millénaire ne donne plus la moindre lumière. Il n’est plus qu’ombre, jour et nuit alors qu’il ne devrait être que brillante clarté.

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Le gris gagne à chaque seconde


du terrain sur cette terre,


et c’est là-bas, en ce lieu maudit,


entre ciel et mer


que le peuple des phénix se doit


aujourd’hui de mener la guerre...


 

Toutefois, il ne peut le faire seul et c’est à toi, Maggy la Guerrière, que revient le privilège d’apporter la couleur dans ce monde gris et austère. Pour cela, l’heure bleue est le signal, c’est maintenant que tout se gagne ou tout se perd, il ne peut en être autrement désormais, je le jure sur ma belle mer !” dit le Phénix en regardant Maggy et sa drôle de chapka posée sur sa tête.

 

Hum… un combat épique à la tête d’une armée de phénix ? Pourquoi pas après tout, pensa Maggy. C’était l’heure bleue… un moment où rien n'est interdit, où l'on peut !

 

“C’est d’accord Grand Manitou ! On va allait botter les fesses de ce grand machin tout gris, ca fait longtemps que si cela ne tenait qu’à moi, j’aurais mis à la place un parking, car c’est toujours galère de venir là et de ne pas pouvoir se garer comme il faut !”

 

Déjà, trois phénix en armure s’avançaient et plaquait sur le corps de Maggy une cuirasse d’or. Maggy la Rêveuse devint alors Maggy la Guerrière. Sa mission, elle le savait, serait de mener le peuple des phénix des terres bleues, domaines ancestraux des îles flottantes de la Manche, à l’assaut du phare de Gatteville, symbole maléfique de la grisaille absolue qui menaçait.

 

Bientôt, l’affrontement allait commencer…

 

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