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Eclatobulle

Ni Dieu ni Maître

10 Novembre 2012 , Rédigé par Eclatobulle Publié dans #Moments de vie


En ces temps de disettes intellectuelles et de chasse à l’huile de palme, il était urgent de choisir la provocation !


“Allez, c’est ma tournée, tartines de nutella et grenabulle pour tout le monde !”


C’est ainsi que je m’étais adressé à Circé juste après une balade à vélo dans les chemins poussiéreux de Saméon. Nous étions au mois de septembre et le soleil nous gratifiait de sa douceur. En cette fin d’été, nous en profitions pour prendre l’air, un peu comme si nous faisions des réserves de lumière et de chaleur pour les mois à venir. J’arrête là, sinon, je vais sombrer dans le jeanpierrepernaudisme digestif et ça, je m’y refuse tout net ! Passons !


Circé m’avait répondu avec enthousiasme et tandis qu’elle jouait avec Lilou, je me lançais dans la préparation du goûter. Je déposais ainsi devant moi quatre tranches de pain, frais du matin. Sur les tartines de Circé, j’étalais une bonne couche de nutella et sur la mienne, j’appliquais d’abord une généreuse noisette de beurre salé et seulement ensuite je tartinais de chocolat. Ce rituel “beurre et Nutella” avait toujours étonné… Allez donc savoir pourquoi !


Je coupais les tartines par le milieu et les plaçais sur un plateau. Dans deux verres, je préparais à présent les grenabulles. Pour faire des grenabulles, c’est très simple ! Grenabulle, c’est ainsi que j’avais baptisé depuis longtemps ce mélange fait de sirop de grenadine, d’eau pétillante et d’un grain de folie.


Deux minutes plus tard, j’invitai Circé, toujours occupée à chatouiller la louchette (autre nom donné à Lilou, qui à mon avis doit avoir bien du mal à s’y retrouver avec tous les surnoms qu’elle recevait dans cette maison de fou), à me rejoindre sur la terrasse.


Les petits oiseaux gazouillaient dans le ciel et la fontaine du voisin nous gratifiait d’un délicieux clapotis compotant. Tout semblait concourir à nous donner du bonheur sans limite. Nous nous ruâmes comme des affamés sur les tartines !


L’instant était merveilleux, le pain moelleux, le Nutella onctueux et la grenabulle bien fraîche. Circé en profitait pour raconter que Clara n’était plus sa copine pour la cinquantième fois depuis la rentrée, rentrée qui avait eu lieu la semaine précédente.


Le nutella glissait sur notre langue et arrivait directement sur notre cœur… et sur le pourtour de la bouche de Circé et jusque sur ses joues. A se régaler ainsi, elle s’en était mise partout. Je ne manquais pas de lui en faire la remarque, soulignant au passage la déplorable éducation qu’elle avait reçu de sa mère, car dans ces cas-là, c’est toujours la faute de la mère, c’est bien connu. L’intéressée se reconnaîtra ! En théorie, là, je suis sensé ajouter un “lol” ou un “mdr - ptdr - mdr”, les accros aux sms, aux texto, aux sexto et autres injures orthographiques s’y retrouveront “lol - ptdr - mdr”… bref !


Je lâchai avec un sourire : “Quand tu auras fini, passe donc à la salle de bain pour te débarbouiller, jeune amie !”


Quand elle eut terminé, elle se leva et alla à la salle de bain. Je restai bien calé sur mon fauteuil, le nez en l’air et la grenabulle au fond du gosier… c’est comme ça que j’aimais la vie !


“Papa, viens !”


Je posai mon reste de tartine sur la table du salon de jardin. En entrant dans la salle de bain, Circé frottait une dernière trace rebelle au coin de ses lèvres.


“Qu’y a-t-il Circé ?” demandai-je.


“Viens, regarde !”


J’approchai. Elle désigna mon visage dans le miroir. Autour de mes lèvres et jusque sur ma joue, j’avais du nutella partout !

 

Circé se mit à rire et quitta la pièce en criant : “Lilou, Lilou !”


Je restais ainsi devant mon miroir, la mine chiffonnée devant tant d’impertinence et de bon sens… intérieurement, je maudissais ma propre mère… bien sûr ! Je prenais alors conscience de ma propre déchéance…


“Quel manque d’éducation, mon garçon !” marmonnai-je pour moi même !


Décidément, tout était à refaire…

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