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Eclatobulle

Marre de la violence…

22 Janvier 2011 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Billets d'humeur

Oui, il y en a marre de la violence…


Ca y est… je n’ai plus la moindre illusion sur le degré de “civilitude” de mes contemporains. Civilitude… voilà un concept un peu abstrait, je m’explique.


Oui, mais en préambule, je propose que nous rebaptisions la nuit de la Saint-Sylvestre,  “Nuit du Pin cramé”


Lisez plutôt, s’il vous plaît. Je commencerai par la reprise d’un article paru dans le Figaro. Je sais, on fait tous des erreurs dans la vie, je suis bien placé pour le savoir. Qu’importe, je suis un dingue, allez c’est parti :


“501 interpellations dans
 la nuit de la Saint-Sylvestre”


Rien que le titre nous met déjà dans l’ambiance et l’eau à la bouche… Chouette, on va bien se marrer, on va sûrement taper gratos sur du délinquant juvénile et si possible d’origine étrangère ! Poursuivons voulez-vous. Je cite toujours le Figaro. J’ai horreur de m’approprier les croûtes des autres. Ma maman m’a toujours dit : mon fils, ce n’est pas poli. Comme je suis un bon garçon, j’obéis à ma maman !


“Le ministère de l'Intérieur se félicite d'une nuit “sans incident majeur”, mais ce chiffre est néanmoins en légère hausse : 405 personnes avaient été interpellées en 2010 et 288 en 2009. Le PS réclame un “bilan transparent” de la nuit.


A Paris et dans les grandes métropoles, la Saint-Sylvestre s'est déroulée sous la surveillance de 53.820 policiers et gendarmes, dont 8.060 dans la capitale.”


Nous voilà rassuré, ils étaient donc de sortie ces braves gens et en tenue s'il vous plaît ! Je continue.


“A minuit et demi, selon la préfecture de police, quelque 350.000 personnes se pressaient sur les Champs-Elysées. Et vers la Tour Eiffel, elles étaient plus de 50.000, au plus fort de la fréquentation.


Une bousculade provoquée par un mouvement de foule à la station de métro Charles-de-Gaulle-Etoile a fait huit blessés légers, peu avant minuit et demi.


Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux s'était rendu en début de soirée sur les Champs-Elysées avant de gagner la préfecture de police pour suivre en direct sur les écrans de la salle opérationnelle les mouvements des badauds et ceux des forces de l'ordre. Le ministre s'était auparavant rendu à Lyon puis à Nantes pour signifier que «la sécurité, ce doit être partout en France”.


Quel brave homme ce Brice et on se sent tout de suite en confiance avec sa bonne tête de fouine. Là encore, celle-ci n’est pas de moi, je rends à Stéphane ce qui lui appartient : Monsieur Guillon, en vous saluant bien bas ! Vous nous manquâtes assurément sur la radio du peuple… Bref, je m’égare ! La suite s’il vous plaît !


“Samedi matin, le ministère de l'Intérieur a fait état de 501 interpellations pendant la Saint-Sylvestre “à la suite d'agressions ou de délits divers” à travers le pays. Il s'est félicité d'une nuit “sans incident majeur”. Le chiffre de 501 est néanmoins en légère hausse : 405 personnes avaient été interpellées en 2010 et 288 en 2009.


Le Parti socialiste a immédiatement mis en doute le bilan du gouvernement. Dans un communiqué, Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national du PS chargé de la sécurité, a demandé à Brice Hortefeux de “présenter un bilan transparent de la nuit” de la Saint-Sylvestre.”


Tout cela, c’est bien beau, mais c’est loin Paris et je me dis que par chez nous, ce devait être plus calme… et je me trompais car que diantre, ca a aussi cramé à Lille, mince alors !


“Feux de véhicules dans l'agglomération lilloise”


Brice Hortefeux a prévenu qu'il ne donnerait pas le bilan des voitures brûlées durant la nuit, qui sera communiqué en janvier avec les chiffres de la délinquance : “Il ne s'agit pas de cacher mais d'interrompre un concours stupide qui consiste à brûler les voitures des honnêtes gens”.

 

Stupide, stupide ? Brice, s'il te plaît, il ne faut pas juger si vite, si ca tombe dans cent vingt ans les sociologues nous expliqueront que c'était sain comme défoulement ! Et puis des honnêtes gens, comme il va. Moi, je les vois tous les matins, les honnêtes gens sur la route, qui brûlent les feux rouges, qui te doublent par la droite, qui tapent sur le capot de ma copine Virginie à huit heures du matin parce qu'elle est coincée au milieu d'un carrefour à cause de deux abrutis qui se disputent le démarrage au feu... Bref...


Selon Europe 1, 117 voitures brûlées ont été comptabilisées sur les quatre départements de l'agglomération parisienne.


Et dans le nord de la France, les services de secours, qui faisaient état peu avant minuit d'une soirée de la Saint Sylvestre “inhabituellement calme”,


Zut alors...


enregistraient toutefois vers 03h30 une recrudescence des incendies de voitures dans l'ensemble des départements.


Ah, tout de même !


“On est majoritairement occupé par des feux de véhicules, pour la plupart dans l'agglomération lilloise», a indiqué à l'AFP un responsable des pompiers du Nord, confirmant les déclarations de ses homologues dans les autres départements de la région. “De foyer en foyer, on sent une surenchère dans les incendies”, selon un autre officier des services de secours du département.”

 

Super, nous'ôtes on est fier d'êtes Ch'tis !


Et nous aussi, on sait faire la fête !


Voilà ce que relatait il y a peu le Figaro et je me remémorais soudain la nuit passée, à Saméon.


Alors que les voitures flambaient à Lille comme partout ailleurs, vous vous demandez sûrement, comme moi, ce qu’il en était à Saméon ?


Je vais TOUT vous dire et je prie de me croire, aussi incroyable que cela puisse paraître : tout est vrai !


Revenons donc quelques jours en arrière, voulez-vous…


23h55, chez moi, je suis à Saméon, le 31 décembre au soir. Je suis seul, la maison est calme, Circé est chez sa mère, elles dorment déjà du sommeil du juste après s’être enfilées coup sur coup des petits gâteaux et une bouteille de Champomy. Oui, qu’on se le dise, chez Cath, on sait faire la fête ! Clin d’œil ma grande, ne m’en veut pas !


Bref, au 246, rue du presbytère, tout était étrangement calme aussi. Ici, les temps étant à l’austérité, pas de gâteau ni de Champomy…


Je montais à l’étage de la maison et, lumières éteintes, je m’approchais sans bruit de la fenêtre. Entièrement vêtu de noir, tel un ninja, je jetais un œil… dans la rue, tout semblait tranquille. Les automobiles étaient là, immobiles, semblables à des cadavres, pas un feu à l’horizon. Zut !

 

Quand soudain, une silhouette apparut à quelques mètres, là dans la rue. Je ne distinguais pas son visage. Etait-ce un flambeur de bagnoles ? Non, le quidam était juste ivre. Il tituba, se ramassa deux fois la gueule en voulant monter la bordure (je me retins alors de rire : Ninja control !) puis il continua son chemin et bientôt, il disparut.

 

Je reculais doucement pour me fondre dans la nuit, dans l’ombre de la fenêtre. Je redescendis au rez-de-chaussée. J’avais pris soin d’éteindre toutes les lumières dans la maison.


Partout en France, ça cramait, et je me disais qu’à Saméon, petit village du Nord, il ne pouvait pas en être autrement. Nous aussi, nous avions droit à nos bagnoles carbonisées. Pour en avoir le cœur net, il me fallait sortir et regarder dans la rue si un incendie allait ravager ma 207.


J’étais debout, devant la porte d’entrée. Un mètre nous séparait encore, elle et moi. Elle, parfaitement indifférente, me tançait de toute sa hauteur… c’était une grande porte style bourgeoise. Qu’importe, j’esquissais alors un pas vers elle, puis un second, timidement, mais toutefois déterminé à l’assaillir et non à la saillir toute bourgeoise qu’elle fut, non mais bande de coquin ! Je levais la main et l’avançais vers sa poignée. Lorsque mes doigts glissèrent sur le métal froid, un frisson me parcourut le dos. Elle allait voir de quel bois je me chauffe !


De l’autre main, je fis délicatement tourner la clé dans la serrure… le mécanisme d’ouverture bien huilé ne fit pas un bruit. Doucement, j’abaissais enfin la poignée. La porte n’opposa pas de résistance et céda devant moi : elle s’ouvrit finalement. Un courant d’air froid s’engouffra dans l’ouverture et me glaça les os.


Pendant un instant, je restais là, interdit. De la rue, on n’entendait pas un bruit. J’osais ouvrir la porte un peu plus et j’allais pouvoir voir si nous aussi, nous aurions droit à une belle Saint Sylvestre.


A présent, ma tête toute entière dépassait et j’avais une vue imprenable sur la rue du Presbytère. A droite comme à gauche, rien ne m’échapperait, je serais aux premières loges lorsque les incendies de voitures illumineraient la nuit !


Mais en cet instant, il me fallait bien le reconnaître, tout était calme à Saméon. Personne n’avait encore mis le feu à sa voiture et dans l’air, pas la moindre trace d’une odeur de brûler.


J’étais déçu, assurément et même un peu énervé. L’idée me traversa l’esprit, pendant une seconde, que si cela devait durer, j’irai moi-même mettre le feu à ma voiture pour fêter dignement la Saint Pin Cramé. Mon sort ne serait différent de tant d’autres français.


Je réfléchis et abandonnais définitivement cette idée… je n’avais pas de briquet à la maison et je me voyais mal aller demander, à cette heure tardive, des allumettes chez les voisins, surtout si c’était pour faire brûler leur voiture flambant neuve dans la foulée.  Ahaha, je suis fier de celle-ci tiens ! Il fallait oser, non ?


Bref, il était maintenant minuit passé quand soudain, l’espoir me gagna enfin ! Non loin, j’étendais un feu d’artifice improvisé qui pétaradait. “Pan ! Pan ! Pan ! Chouette ! me dis-je, ca va dégénérer !”


Au pire, une fusée mal orientée va venir s’écraser sur la Bravo du voisin et j’aurais droit à ma voiture brûlée de la Saint Pin cramé !


Manque de bol, la dernière fusée éclata dans le ciel ennuagé comme un petit pet et je refermais la porte de la maison, complètement désespéré ! Je me disais que c’était vraiment trop injuste, même à Rumegies, je suis sûr que les bagnoles flambaient. Là-bas, même le 14 juillet, on brûlait les voitures, pour vous dire si en cet instant, dans le village d’à-côté, on devait se régaler.


C’était trop bête ! Et si j’appelais les pompiers en préventive, ca pourrait peut être donner des idées à certains… Peut-être que tout simplement à Saméon, les gens n’étaient pas au courant que le soir de la Saint Pin cramé, il faut faire brûler quelques véhicules, histoire nous aussi de participer à la grande rigolade !


Oui, parfois, dans les campagnes un peu reculées comme à Saméon, on est pas au fait des dernières modes, en temps et en heure ! Il y a un décalage.


Les minutes s’écoulaient et j’étais maintenant dans le canapé en train de zapper sur CB news comme un dingue pour voir l’info en direct. En bas de l’écran, les dernières dépêches défilaient et oui, un peu partout, c’était maintenant confirmé, on s’en donnait à cœur joie, à grands renforts de cocktails Molotov et de bidons d’essence renversés.


C’était magnifique et je restais là, bouche bée et le yeux en flamme par écran interposé à me dire que ces gens en avaient bien de la chance de s’éclater alors qu’ici, on s’ennuyait ferme, comme des rats morts !


Le sommeil me gagna finalement et je passais la nuit affalé dans le canapé, à rêver des bagnoles enflammées.


Au matin du premier, je me réveillais sur cette idée et je me pris à nouveau à espérer que pendant mon sommeil, des voitures avaient peut-être finies par brûler. Je déjeunais en hâte et enfilais une tenue plus appropriée pour sortir. Vingt minutes plus tard, j’avais le Nikon autour du cou et je partais pour faire le tour du village, en quête de la preuve, du cliché qui allait enfin faire parler de Saméon : il me fallait de la voiture cramée !


Et vous me croirez ou non, mais je n’avais pas fait trois cent mètres, en direction de la place de l’église que l’improbable s’imposa à moi comme une évidence : les vandales, les voyous, les malfrats avaient aussi frappés à Saméon !


Oui, je le tenais mon scoop, mon fait d’hiver (ben oui, c’est l’hiver) ! Regardez plutôt ces preuves irréfutables :


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Quelle violence, quelle haine aveugle ! 

 

Pour plus de photos, allez donc voir l'album : Nuit de la Saint Pin Cramé. Devant tant de violences gratuites, je reprendrai pour finir, le titre d’un charmant petit ouvrage de Stéphane Hessel paru ces derniers jours et qui s’intitule : Indignez-vous !


C’est précisément ce que je fais avec cet article !

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