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Eclatobulle

Le poids des “devoir”

30 Mars 2012 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Billets d'humeur


 

D’aussi loin que je m’en souvienne, il y avait cet état que l’on appelle “Liberté”.

 

Nous la connaissons tous, nous en avons tous un jour ou l’autre entendu parler. Mieux, nous pensons tous jouir, à chaque instant, à chaque seconde de cette incroyable et merveilleuse félicité. C’est vrai, nous avons cette chance de vivre dans un pays libre et démocratique, où le peuple, c’est-à-dire vous, moi, le premier venu... exerce sa souveraineté lui-même. Telle est la définition “stricto sensu” de la notion de Démocratie.

 

La liberté...

 

Seulement voilà, les autres sont arrivés dans ma vie et la liberté a cédé la place. Ce fut ma volonté car après vingt années de solitude dans un désert, à vivre libre, sans avoir de compte à rendre à personne qu’à soi-même, la liberté avait perdu de sa valeur, réduite à rien par la force compressive de l’habitude.

 

La liberté étant devenue pour moi ce qu’est l’argent pour d’autres... quand nous en avons beaucoup, un euro, dix euros, mille euros ne représentent plus grand-chose... Plus ennuyeux : nous avons parfois l’arrogance de penser que nous n’en manquerons jamais !

 

Le champ étant libre, car affranchi de ma liberté - quel comble - le devoir est apparu.

 

Je ne m’en suis pas aperçu, au début, ni ensuite d’ailleurs. La liberté ne me manquait pas car je n’avais pas le sentiment d’en être réellement privé. Parce que la nature humaine est parfois orgueilleuse, elle se glorifie de savoir de ce qui est bon pour elle. Elle devient Vérité là où elle pourrait être Question.

 

L’orgueil aveugle et nous nous accommodons des premiers “devoir” sans même nous en émouvoir ! Quelle sottise, quelle erreur...

 

Un beau matin, nous nous levons et nous devons aller travailler, sauf si nous n’en avons pas. Dans ce cas là, il nous faut en chercher un. Il faut préparer le petit-déjeuner et ensuite, il faut aller se débarbouiller de sa nuit ingrate. Là, devant le bol de lait qui refroidit, nous réfléchissons, l’œil encore jaune de sommeil, à ce que nous devons faire et surtout ne pas oublier... les papiers à remplir, les enfants à déposer, les courses à récupérer, le temps à passer, l’autre ! Les “je dois’ et les “il faut” deviennent peu à peu les rois, les grands ordonnateurs, les régisseurs de la vie... quotidiennement, implacablement !

 

Sous le poids des “devoir”, j’ai finalement courbé le dos. Au début, j’ai essayé tant bien que mal de me donner bonne conscience mais cette réalité porte un nom : abdication.

 

Oui, j’ai abdiqué sous le poids des “devoir”, et d’abdicataire, je suis sans même m’en rendre compte entré dans le rang, d’instinct, peut-être pour me sentir moins seul à porter ce fardeau qui n’en porte d’ailleurs pas le nom.

 

En faisant preuve de docilité, j’ai démontré aux yeux de l’autre mon imbécillité.

 

Lorsque nous ne portons plus sur nous, en nous que des “devoir”, c’est l’âme tout entière qui s’évanouit, qui se dilue dans le néant pour laisser la place à un vide, à une apparence, à un fantôme, à une ombre. Mais qu’est-ce qu’une ombre ? Ce n’est rien d’autre que la projection au sol d’un être qui fait face au soleil, debout.

 

L’ombre n’est pas l’Être !

 

Tout comme l’ombre qui se retrouve ainsi plaquée au sol, j’ai été jeté par terre, sous le poids des “devoir” et il m’était alors impossible d’avancer.

 

L’homme devenu ombre rampe au sol, s’efforce, s’épuise. Il devient lisse. Sur le sol délavé de larmes, il patauge. Dans la fange des obligés, il s’englue. Rien ne semble alors pouvoir le sauver. Est-il à tout jamais perdu, écrasé sous toujours plus de “je dois”, de “il faut”, les uns alimentant les autres et réciproquement ? La liberté dont il croyait jouir lui apparaît dans le meilleur des cas moribonde, si lointaine qu’elle paraît inaccessible désormais.

 

Pourtant, cette impression est fausse car “devoir” est un mirage que nous nous imposons à nous-même. Cette chimère focalise l’attention, certes, et masque jusqu’à la nature de notre être, comme un masque de boue dissimulerait un visage.

 

J’ai finalement compris... un peu tard, je dois le reconnaître et pas volontairement. J’avais tout oublié de la Liberté. Mais j’avais encore envie... C’est sans doute cela qui m’a aidé. Ainsi, j’ai emprunté de nombreux chemins, d’abord timidement, en croyant éperdument qu’ils mèneraient vers cette dernière. Mais longtemps ils n’étaient qu’impasse et j’ai souvent fait demi-tour... fort heureusement, je ne suis pas de nature obstinée et pour peu qu’on m’en laisse le temps, je reconnais toujours mes erreurs. A chaque fois que j’ai rebroussé chemin, j’ai réfléchi et en me remettant en question, j’ai appris non des vérités, mais à être vrai :

 

Devoir n’est plus Être !

 

Aujourd’hui, les “Il faut” et les “je dois”, je les évite comme on évitait un pestiféré jadis. Quelle prétention, n’est-ce pas ?

 

Oui, je les évite, mais pas tous et pas tout le temps car je suis comme tout un chacun :

 

 

en liberté surveillée !

 

MONTGOLFIERE-EMPRISONNEE.jpg

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laury 10/12/2012 19:47

superbe !et certaines lignes sont comme des trésors, merci.