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Eclatobulle

Le perroquet

25 Septembre 2010 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Echange

Parfois, on se laisse prendre au piège et notre corps peut alors devenir une prison régentée en tout par l'esprit aveuglé de peurs et de doutes... J'adresse mille mercis et dépose quelques bises folles sur les joues de mon amie chère qui eu la gentillesse d'illustrer mon propos avec ses images... de perroquets ! Je vous invite d'ailleurs à retrouver ses essais photographiques, soit en cliquant sur le lien joint sur la page, dans la rubrique liens ou en tapant directement dans le moteur de recherche : www.millimagenta.com

 

 Je nous souhaite de nombreuses collaborations !

 

Bonne lecture !

 

 

Fusain ara

 

 

Le perroquet

 

La pluie n’avait pas cessé de l’après-midi et au début de la soirée, la terre gorgée d’eau avait laissé la place à d’immenses flaques qui avaient fini par se former au milieu de la cour. Lisa avait le nez collé à la vitre et, malgré l’heure tardive, elle rêvait secrètement d’aller y sauter à pieds joints, en faisant de grands splashs !

 

La journée s’était terminée comme tous les dimanches pluvieux, par une partie de Monopoly. Lisa avait une fois de plus trichée et elle avait littéralement fait crouler sa mère sous les dettes ; “Des hôtels sur Belleville et la Rue de la Paix, c’était loin d’être suffisant pour espérer pouvoir l’emporter !” se disait Hélène… Alors, à chaque fois qu’elle lançait les dés, elle savait qu’elle allait devoir payer…Payer, toujours payer, comme dans la vie… “Quel jeu stupide !” rumina-t-elle ! Elle fit un sept et tomba sur la case Prison. “Super !” se dit-elle, au moins là, elle serait à l’abri pour trois tours. Hors de question qu’elle paie la banque pour sortir rapidement. Lisa se moqua d’elle : “Tu es au bagne, tu es au bagne !” Hélène rigola avec Lisa. Elle détestait le Monopoly, mais que ne ferait-elle pas pour faire plaisir à Lisa ? Une fois de plus, la partie s’acheva par la victoire écrasante de Lisa qui quitta la table en riant aux éclats, laissant là tout en plan : le plateau de jeu, les pions, les maisons, les cartes, bref tout… comme à son habitude ! Hélène appela en vain Lisa qui était déjà dans sa chambre. Cette dernière fredonnait les premières notes de sa chanson préférée du moment… “Il y a”. Elle ne répondit pas.

 

Il était déjà l’heure de mettre Lisa au lit. Hélène entra dans la chambre de Lisa et lui demanda d’éteindre le lecteur CD. Il fallait aller au lit car demain, il y avait école et Lisa devait avoir son comptant de sommeil. C’est en tout cas ce que pensait Hélène qui veillait attentivement à ce que les horaires soient toujours bien respectés… Un jour, quelqu’un lui avait dit – Elle ne savait plus qui, ni où ni quand - que c’était pendant son sommeil qu’un enfant se construisait. Cela lui semblait tellement plein de bon sens qu’Hélène avait pris cela pour argent comptant. Cela la renvoyait peut-être aussi à elle même : elle voulait réussir et donner un maximum de chances à Lisa. Peut-être parce qu’elle n’en avait pas eu autant dans la vie ? Sûrement…

 

Lisa éteignit la musique et se dirigea vers son lit. Déjà, sa maman attendait sur le rebord, en tapant machinalement le pied sur le montant. Lisa comprit que sa mère s’impatientait. Visiblement, ce soir, quelque chose la tracassait : “Qu’y a-t-il Maman, tu as des soucis ?” lui demanda-t-elle. Hélène fut surprise par la question de Lisa et la regarda quelques secondes avant de lui répondre. “Ce n’est rien ma Chérie, enfin si, mais… ce sont des choses de grands tu sais, je ne vais pas t’ennuyer avec ça !” “Allez, viens t’installer que je te lise une terrible histoire de monstres ! Tu adores ça toi, les monstres, hein, espèce de petit monstre… mon petit monstre à moi !” Hélène passa les bras autour du cou de Lisa pour lui faire de gros bisous. Hélène avait tellement besoin de serrer très fort quelqu’un… Pas de chance, Lisa n’aimait vraiment pas ça. Elle gigota dans un sens puis dans l’autre des épaules, comme pour se libérer d’un étau qui cherche à l’étouffer. Elle la laissa.

 

Une fois sortie de la chambre de Lisa, Hélène repensa à sa question. C’est vrai qu’elle était complètement stressée ce soir, pourquoi ? Lisa enfila un tee-shirt large qu’elle mettait pour dormir et prit un anxiolytique. Elle alluma la télé et tenta de regarder un énième programme de télé réalité absolument sans intérêt où de jeunes filles vulgaires et des garçons obsédés par leur image devaient relever toutes sortes de défis ridicules pour de l’argent, soi-disant versés à de bonnes causes… une version de “Même pas cap’ tu le fais” diffusé à la télé en prime. “Pas envie de s’ennuyer en compagnie de ces gens-là !” se dit-elle. Elle coupa la télé et jeta dédaigneusement la télécommande sur le canapé. Le boîtier tomba un peu plus loin entre deux coussins. Le silence s’imposa alors dans tout l’appartement. On entendait vaguement le bruit de la circulation dans la rue. Hélène se leva et se dirigea vers sa chambre. Pour s’y rendre, Hélène devait passer dans le couloir d’entrée.

 

C’est là qu’elle les vit… les clés de voiture de Tom étaient sur la console dans l’entrée et il les avait oubliée... C’était la troisième fois ce mois-ci !

 

“Ce n’est pas vrai, il a encore oublié ses clés !” pensa-t-elle “Mouais, ca va lui faire une excuse pour passer demain matin ! Il va trop vite, je ne suis pas prête…”

 

Les murmures se mirent à bourdonner.

 

Tom et elle s’étaient rencontrés il y avait huit mois, à l’épicerie du coin. Ils habitaient le même quartier. Il l’avait séduite par ses manières galantes, par son regard sombre et rieur. Elle l’aimait de temps en temps, lui était fou d’elle !

 

Hélène entra dans sa chambre, des murmures plein la tête. Elle releva la couverture et le drap. Elle se glissa au-dessous. Le lit était froid, comme tous les jours. Elle posa la tête sur l’oreiller et ferma les yeux. Comme tous les soirs, elle espérait que le sommeil la gagnerait rapidement. Elle était fatiguée. Mais ce soir, les murmures étaient revenus. Les minutes s’écoulèrent, bientôt une heure qu’elle était là à tourner et à se retourner dans son lit. Maintenant, elle avait trop chaud… Elle se leva et ouvrit la fenêtre pour laisser entrer un peu d’air frais. Elle se recoucha, après avoir bu un peu d’eau. Lasse, usée par les heures qui passent, elle s’endormit d’un mauvais sommeil.

 

Elle se réveilla plusieurs fois… les murmures ne cessaient pas, tournoyant sans fin. Elle ne voulait pas les écouter et pourtant, ils lui donnaient tellement de conseils… des bons conseils, qu’elle comprenait, qu’elle répétait même parfois à d’autres, sans dire d’où il venait. Les murmures d’Hélène l’envahissaient peu à peu… Tom… ses clés… il allait trop vite ! Pourquoi voulait-il venir le matin ? L’espionnait-il ?

 

Oui, c’est bien ce que les murmures lui disaient… et ils avaient sûrement raison !

 

Le réveil sonna. Il était six heures quarante cinq. Sa tête lui faisait mal et elle mit un temps infini à sortir du lit, sans envie, sans force, avec le sentiment de ne pas avoir dormi. Ce qui était presque vrai. Sans volonté aucune, elle réussit malgré tout à mettre un pied hors du lit, puis le second. Le sol lui sembla glacé et elle enfila ses chaussons. Comme un automate, elle se rendit dans la cuisine pour se préparer du café, un grand bol. C’était indispensable. Pendant que le café passait, elle se rendit dans la chambre de Lisa pour la réveiller. Comme tous les matins, Lisa ne supportait pas qu’on lui parle pour la réveiller, alors Hélène lui faisait quelques bisous sur le visage, cela suffisait !

 

Lisa se leva et entra immédiatement dans la salle de bain pour prendre sa douche. Hélène, elle, fouillait le placard à la recherche d’une tenue à se mettre. “Quel temps faisait-il d’abord ?” Elle regarda par la fenêtre et vit que le ciel était dégagé. Il allait faire beau. Peut-être un jupe alors…

 

Elles déjeunèrent sans se parler. Lisa avait les yeux dans le vague et Hélène, qui avait abandonné son placard sans avoir fait son choix, était plongée dans un PD James, qu’elle relisait pour la deuxième fois. En fait, elle lisait sans vraiment lire…

 

Lisa mangeait ses céréales et fit claquait sa tasse sur la table. Une maladresse… Hélène leva le nez de son bouquin et regarda autour d’elle. Elle posa son livre et déjeuna.

 

Quand elle eut fini, elle se leva et débarrassa la table rapidement. Elle ferait la vaisselle plus tard. Lisa était retournée dans sa chambre pour préparer son cartable et ses affaires pour la journée.

 

Hélène entreprit à nouveau de choisir sa tenue. Elle sortit deux paniers du placard et les vida entièrement sur le lit. Qu’allait-elle bien pouvoir mettre ? Quelque chose de confortable, d’un peu élégant ? Non, un haut plutôt décolleté, cela compenserait son manque de pêche. Et au bureau au moins, on focaliserait sur son apparence et non sur ses cernes, bien vu ! Elle se félicita de la stratégie qu’elle venait d’adopter et enfila son top rose à bretelles et une jupe courte blanche à volants. Elle se posta devant le miroir et se jeta un regard de contentement.

 

Le téléphone sonna. C’était Tom ! Comme elle l’avait imaginé en voyant ses clés sur la table la veille, il appelait pour demander si, par hasard, il ne les avait pas oublié dans l’appartement. Les murmures revinrent.

 

Hélène l’écouta d’une oreille distraite. C’est sûr, il l’avait fait exprès, pour trouver une raison de passer. Pourquoi était-il si compliqué avec elle, pourquoi ne lui demandait-il pas simplement s’il pouvait venir la voir, sans raison.

 

Non, manifestement, il en était encore là, à faire ses coups en douce !  “S’il croit que je ne le vois pas venir avec ses gros sabots !” pensa-t-elle.

 

Je vais lui dire ses quatre vérités, il me laissera un peu tranquille après… Ca le calmera, il va trop vie avec moi ! Hélène en était là de ses réflexions lors qu’elle entendit le carillon d’entrée résonner.

 

C’était Tom qui arrivait. “Je l’expédie sans même le faire rentrer, on s’échange juste un baiser sur le pas de porte, je lui dis que je n’ai pas le temps, que je suis à la bourre, que mon boss m’a déjà demander trois fois ce mois-ci de ne plus me pointer avec un quart d’heure de retard, qu’il ne supporte pas ce manque de respect !” réfléchit-elle avant de se rendre compte, qu’inconsciemment, elle était en train de se justifier… Pourquoi ? Cette idée lui fit peur et cela renforça sa détermination à expédier Tom au plus vite. Pourquoi était-il si pressé ?

 

Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle constata que, comme à son habitude, Tom était plutôt élégant. Il portait le costume avec une certaine classe, sans trop en faire. Cela plaisait beaucoup à Hélène. Il était là devant elle, avec son sourire de tous les jours, presque fier de lui. Cela n’allait pas durer…

 

Elle ne lui laissa pas le temps de parler. “Salut ! Dis-moi Tom, c’est quand même la troisième fois ce mois-ci que tu me fais le coup ! Tu me surveilles ou quoi ! Je te le dis tout net, c’est la dernière fois que tu fais exprès d’oublier tes clés ici… la prochaine fois, c’est poubelle et tu te débrouilleras pour les retrouver ! M’as-tu bien comprise ?” Elle regretta immédiatement le ton sec sur lequel elle s’était adressée à lui, mais après tout il l’avait bien cherché. Elle n’était pas prête ! Oups, elle ne l’avait même pas embrassé.

 

Le sourire de Tom avait disparu, pas la flamme de désir dans ses yeux qui signifiait à Hélène à quel point il la trouvait désirable avec ce petit haut et sa jupe blanche. Elle le mit immédiatement à la torture. Elle se pencha légèrement vers l’avant, laissant voir un peu plus la naissance de ses seins. Son regard fut instantanément capté. D’un regard furieux, elle lui fit comprendre sa grossièreté et se redressa les bras croisés, écrasant un peu plus sa poitrine… Deuxième mise à mort. Le coup de grâce vint alors.

 

“Bon Tom, je n’ai pas le temps là, je suis en retard, je dois y aller. Alors à plus, Ok ?” Sans attendre sa réponse, elle lui tendit ses clés et referma la porte. Au travers de la porte, elle entendit Tom jurer. Il ne lui restait plus qu’à s’en aller ! Hélène se rendit compte qu’elle y était allée un peu fort. Elle allait passer une sale journée, c’était sûr. Pourquoi s’était-elle comportée comme cela… Les murmures dans la nuit, ils lui disaient pourtant bien de se méfier de lui…

 

Elle lui enverrait un mail dans la matinée pour s’excuser…

 

Elle était en retard pour la quatrième fois ce mois-ci. C’est sûr, elle allait se faire engueuler ! En plus, elle était crevée, toute la nuit, les murmures avaient sussurré... Cela rebouclait sans cesse en elle. Que lui avaient-ils dit déjà ? Ah oui, les voix lui disaient que Tom allait trop vite, qu’il l’espionnait. La preuve encore une fois, ce matin.

 

A cause des murmures, elle dormait peu et mal, mais manifestement, ils avaient raison. Hélène était certaine de pouvoir leur faire confiance.

 

Hélène déposa Lisa à la garderie. Il était neuf heures et quatre minutes à présent. Il lui restait dix minutes de tram pour aller au boulot… “Allez un quart d’heure de retard, c’est officiel, vais vraiment me faire tuer !” pensa-t-elle.

 

Hélène traversa la route et se dirigea vers l’arrêt du tram qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de là. Elle hâta le pas car un tram était en approche, dans l’idéal, il fallait qu’elle l’attrape pour ne pas perdre plus de temps encore. Sur le quai, il y avait un peu de monde. Le tram s’immobilisa et Hélène monta dans le tram. Il était bondé. Elle se fraya un chemin jusqu’à la rambarde la plus proche et l’empoigna fermement pour ne pas trop être chahuté au démarrage. Les portes se refermèrent et le tram se mit à rouler. Comme tous les matins, Hélène passait les dix minutes pour se rendre à son travail à regarder ses pieds. Décidément, aujourd’hui, la rame était pleine à craquer. Elle se sentait toujours oppressée quand il y a autant de monde dans le tram ! Dans ces cas là, elle essayait de se concentrer sur autre chose. Elle évitait de croiser les regards des personnes qui étaient autour d’elles. Elle se fixa à présent sur sa main et vit qu’elle était en train de devenir violette à force de serrer comme une dingue la barre en aluminium à laquelle elle était accrochée.


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Quelqu’un l’avait-il remarqué ? Elle jeta un bref coup d’œil alentour.

 

Oui ! Une main se posa sur la sienne. Immédiatement, Hélène eut un geste de protection et la retira de manière brusque… Elle leva la tête et ses yeux croisèrent les siens… Un moment d’éternité passa… Le tram venait de disparaître, les gens eux aussi avaient disparu. Il n’y avait plus qu’Hélène et lui, à présent assis à une table. Quand était-elle descendue du tram ?

 

Pourquoi buvait-elle un café en souriant bêtement alors qu’elle détestait le café ? Pourquoi ses yeux restaient-ils collé dans les siens ? C’était une sensation étrange. Elle avait l’impression d’être hypnotisée. Elle regarda sa montre. Il était neuf heures et quarante cinq minutes et tout compte fait, elle décida qu’elle n’irait pas travailler aujourd’hui.

 

Sa main se glissa dans la sienne. Ils se levèrent et marchèrent. Une heure, peut-être deux. Le temps n’avait plus d’importance. Ses yeux ne quittaient plus les siens ! Maintenant, ils étaient ensemble sur un banc, dans un parc qui lui semblait familier. Elle était bien.

 

Elle se sentait légère comme une plume, ses pieds frôlant à peine le sol, il l’emmenait, la faisait voyager… le soleil était chaud et sa main glissait sur sa peau. Elle laissa sa tête vagabonder sur son épaule. Elle sentit son souffle se rapprocher, elle pouvait sentir son odeur ! Il l’embrassait dans le cou et elle lui rendit son baiser…

 

Ses mains se firent plus curieuses, ses intentions plus précises. Elles effleurèrent le galbe de ses seins. C’était agréable et elle ne voulait pas qu’il s’arrête. Elle pressa sa poitrine contre ses mains douces, ses sens étaient émoi. Elle avait envie de lui, il le savait !

 

Le parc était désert ce matin et il l’attira à lui à l’abri des arbres non loin. Alors, Hélène se donna à lui avec passion. Elle l’encourageait et il lui donnait ce qu’elle voulait. Elle était captivée par son regard et pendant qu’ils faisaient l’amour, ses yeux l’enivrèrent d’un plaisir extatique !


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Quand elle rentra à la maison, il était dix-huit heures vingt cinq et elle avait oublié de récupérer Lisa ! Machinalement, elle consulta son portable : trois appels, autant de messages. Elle n’avait rien entendu. Elle les écouta. Il y avait un message de Tom, qui se demandait où elle était passée. Sa voix était plus aiguë qu’à son habitude. Comme il n’avait pas de nouvelles, il était inquiet. Il y avait aussi deux messages de son boss ; le premier pour lui dire que ses retards ne seraient plus tolérés. Le second, c’est pour lui crier que sans nouvelle d’elle demain matin à neuf heures pétantes, elle pouvait considérer qu’elle était virée…

 

Elle s’assit dans le canapé et enleva ses chaussures. “Zut !” se dit-elle, Elle avait abîmé le talon. Des chaussures neuves… en plus, c’était la première fois qu’elle les mettait. “Sûrement dans le parc…” réfléchit-elle. Elle se massa la plante des pieds qui lui faisait mal, elle avait probablement trop marché. Elle n’était pas sûre. Où était-elle allée d’ailleurs ?

 

Que venait-il de se passer ? “J’ai perdu la tête, j’ai rêvé !” Non, visiblement non. Elle se rendit compte qu’elle avait même oublié de remettre son string et il devait traîner quelque part dans le parc…

 

“Qu’est-ce que j’ai fait ? On s’est protégé au moins…” Elle était incapable de se souvenir…

 

“Tiens, on sonne à la porte !” Hélène se dirigea vers cette dernière et l’ouvrit. C’était Tom, avec Lisa. La petite était en pleurs et se jeta dans les bras de sa mère, effondrée. Hélène l’attira contre elle tandis que Tom commençait à lui poser mille questions.

 

“Qu’est-ce que tu as fait Hélène ? Après ce matin, je me suis fait un sang d’encre ! Tu aurais pu au moins me rappeler ! Tu me traites pire qu’un chien… Et puis, il ne faut pas m’en vouloir pour ses clés ! Je t‘aime tu sais !”

 

C’était la dernière chose qu’elle voulait entendre, qu’il l’aimait.

 

Hélène n’était plus là, elle n’écoutait plus Tom et même, elle lui tourna le dos. Elle se posa avec Lisa dans le canapé et commença à lui faire de doux baisers sur le front pour l’apaiser. Ce faisant, elle passait les mains dans ses cheveux. Les sanglots de Lisa commencèrent à s’espacer. Son visage se détendit et Hélène constata que Lisa avait vraiment l’air crevé. “Ce sont des longues journées pour un petit bout !” marmonna-t-elle pour elle même. Au bout de quelques minutes, Lisa s’endormit.

 

Elles restèrent là pendant quelques instants, sous le regard dépité de Tom, qui n’osait plus rien dire. Hélène déplaça la petite fille tout doucement et se pencha sur elle pour déposer un dernier baiser sur sa joue, où l’on devinait encore les larmes qui avaient coulées !

 

Elle se dirigea vers la salle de bain et ferma la porte. Elle entendit Tom qui se demandait ce qu’elle faisait. Il frappa légèrement à la porte pour ne pas éveiller Lisa, mais Hélène ne répondit pas et se glissa sous la douche… “Zut !” elle avait oublié d’enlever ses lunettes !

 

Elle resta là sans bouger… “Quelle drôle de journée !” pensa-t-elle. L’eau chaude s’écoulait sur son corps. Elle se sentait drôle, ses jambes tremblaient… soudain, c’est tout son corps qui fut parcouru d’un frisson… elle n’arrivait pas à se calmer. “C’est normal !” réagit-elle finalement “Ce n’est pas de l’eau chaude… je me suis trompée, c’est de l’eau glacée !”

 

Elle poussa un cri et sortit en hâte de la douche, Tom était dans la salle de bain. Il avait l’air interloqué… Enfin, c’est ce que devinait Hélène au travers des verres de ses lunettes sur lesquels avait ruisselé de l’eau.

 

Il s’approcha, prit une serviette au passage et essaya de l’en envelopper. Hélène lui prit des mains, elle ne voulait pas qu’il soit trop près. Elle baissa les yeux, elle ne voulait pas le regarder. Elle sentait sa présence, il était là tout près. Les murmures étaient revenus, ils étaient en elle… Sans même réfléchir, elle leva la main et le gifla, il recula en se cognant le dos contre le sèche-serviette. Pour la énième fois, il lui demanda ce qu’elle avait. Elle lui hurla de s’en aller, qu’elle ne voulait plus le voir ! En entendant les cris, Lisa se réveilla et se remit à pleurer à nouveau. Hélène quitta la salle de bain en passant devant Tom, sans même le regarder et se dirigea vers Lisa. Elle la prit dans ses bras, tout en lui chuchota de petites douceurs, qu’il ne fallait pas s’inquiéter, que tout aller bien, que Tom allait partir !

 

Tom était sorti de la salle de bain. Son dos lui faisait mal. Il sentait encore le feu qui lui brûlait la joue. Machinalement, il passa sa main pour calmer le coup. Pourquoi Hélène l’avait-elle giflé, qu’avait-il dit, fait ? Pourquoi cette femme qu’il aimait le rejetait-il ? Puis il prit sa veste qu’il avait posée en entrant sur une chaise et s’en alla. Hélène entendit la porte claquer.

 

“Quelle drôle de journée !” pensa-t-elle à nouveau… “Et toujours ces murmures dans ma tête. Pourquoi ne se taisent-ils pas à présent ? De toutes façons, ils ne l’ont jamais aimé, Tom. Ils avaient toujours quelque chose à dire sur lui. Maintenant, ils devraient être satisfaites !”

 

“Oui, vous deviez être contents ! Je lui ai dit de partir, c’est bien ce que vous vouliez n’est-ce pas, qu’il parte ! Qu’il nous laisse tranquille, hein…” Hélène se rendit compte qu’elle parlait à présent à voix haute et que Lisa se demandait bien à qui sa mère pouvait s’adresser ainsi…


Les murmures se turent…


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Hélène se coucha tôt et dormit la nuit toute entière sans s’éveiller une seule fois. Elle était fatiguée et surtout, les murmures n’étaient pas revenus. Elle commençait à en avoir l’habitude. Ils étaient toujours à l’origine de ses séparations et manifestement, ils étaient parvenus une fois de plus à la convaincre de mettre un terme à sa relation, cette fois-ci avec Tom… Seulement, ils avaient tellement raison ! Tom allait trop vite, il en faisait trop, il l’espionnait même peut-être. L’épisode des clés était une preuve de plus… C’était une évidence pour elle, elle pouvait leur faire confiance…


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Comme tous les matins, Hélène et Lisa se préparèrent sans vraiment se parler. Hélène déposa Lisa et monta dans le tram. Arrivée au bureau, elle vit que Jean-Marc était à l’entrée, près de la machine à café, avec cinq autres de ses collègues. L’agence était réunie au grand complet, il ne manquait que le boss. En la voyant, il lui fit un grand sourire qui en disait long…

 

Jean-Marc, c’était son ex, et il savait tout des murmures qu’Hélène avait dans la tête. Avec le recul, elle se rendait bien compte de son erreur… Jamais elle n’aurait due tout lui raconter. Pourtant, elle l’avait fait, au tout début de leur relation. Elle pensait ainsi pouvoir les conjurer… elle s’était trompée !

 

Hélène et Jean-Marc avaient eu une liaison qui avait duré dix-huit mois. Cela s’était soldé par une rupture brutale car elle l’avait jeté dehors, à cause des murmures qui étaient revenus. Et il lui en voulait terriblement, il était rancunier. Oui, il savait qu’Hélène n’était pas seule dans sa tête, mais il savait aussi que…

 

Hélène n’eut le temps de rien dire !

 

Jean-Marc regarda autour de lui et comme à chaque fois que cela se produisait, il lança à voix haute : “Ah, notre belle Hélène a encore rêver qu’elle se faisait sauter dans le parc par un inconnu… Comment va Tom au fait ?”

 


Tête perroquet bleu

 

 

 

 

 

 

Hélène pensa alors :

“Ce type, vraiment,

quel putain de perroquet !”

 


 

 Ara5 rouge

 

 


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