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Eclatobulle

La Fissure

30 Mars 2011 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Sentiments

La Fissure

 

Sur un joli mur de pierres blanches, que j’avais bâti patiemment de mes mains, pierre par pierre, j’ai décidé un jour d’accrocher un tableau, le tableau de la vie. Dans ce tableau aux mille couleurs, car c'est ainsi que je la voyais, j’y avais rassemblé tout ce que j’aimais. Pas un jour je ne passais devant lui sans m’y arrêter pour le regarder et pas un jour je ne manquais de l’enrichir, de le colorer, de le sublimer.


 

Je prenais un temps infini à y tracer des lignes irréelles,


des formes folles, des arabesques et des fleurs.


J’avais utilisé les plus beaux pastels,


puisé à la source même l’encre de mon cœur.


 

Les jours succédant aux nuits, les semaines passèrent et les mois aussi. La course lente du temps me permettait d’embellir encore et toujours le tableau posé sur le beau mur de pierres blanches. Celui que j’avais bâti de mes mains de Maître tailleur.

 

J’avais en moi tant d’amour et je le déposais sur ce tableau sublime. J’étais devant l’oeuvre de ma vie et elle me contemplait autant que je la contemplais dans un échange sensible, au-delà des mots, à travers le silence.

 

Au fil du temps, tant de beauté déborda du cadre du tableau et donna naturellement naissance à un second tableau, plus petit, mais rempli d’une vie intense et palpitante qui ne demandait qu’à grandir et à s’exprimer. Je l’accrochais juste à côté du tableau de ma vie et l’un et l’autre se répondaient ainsi, ensemble, en parfaite harmonie. Leurs teintes, bien que différentes, s’associaient infiniment bien.

 

Chaque jour, j’apportais aux œuvres de ma vie


toujours plus d’attentions colorées, de détails, d'envie.

 

Je me ravissais et parfois, je pouvais rester là,

 

à ne rien dire, juste à en admirer leur superbe éclat.

 

Un beau matin, alors que je leur apportais encore un peu plus de couleurs, je pensais : “Mes tableaux jolis méritent d’être bien entourés !” J’entrepris alors de décorer le mur de pierres blanches. Dans le mur, toujours plus de clous je me mis à planter pour accrocher ici des fanions, là des guirlandes, des lumignons, des étoffes précieuses, des breloques clinquantes, jusqu’à recouvrir entièrement le joli mur de pierres blanches que j’avais jadis élevé.

 

 

 ****************************

 

 

Un soir de mai, alors que je rentrais à la maison après une dure journée à tailler des pierres dans une carrière voisine, tout occupé que j’étais à bâtir pour d’autres des cathédrales funestes, je passais devant le joli mur désormais tout décoré. Je remarquais alors que sur le sol, gisait un lumignon. J’approchais pour le ramasser, car manifestement, ce dernier était tombé. Il s’était décroché. Peut-être l’avais-je tout simplement mal accroché au mur, que le clou auquel il pendait était mal enfoncé. Le clou était d’ailleurs lui aussi sur le sol, non loin du lumignon. J’examinais le mur à la recherche de l’endroit où je l’avais planté.

 

Je fus étonné de découvrir à l’endroit du trou une petite fissure dans mon joli mur de pierres blanches. Ce beau mur de pierres blanches que j’avais bâti si solidement était en train de se fissurer... pourquoi ?

 

J'étais fou de rage ! Ma belle décoration autour de mes tableaux merveilleux était abîmée et sans réfléchir davantage à la fissure, je fichais à nouveau le clou dans le mur, juste à côté de la fissure, en prenant soin de bien la dissimuler sous le lumignon joli.

 

Or, voici ce qu'il advint...

 

Le beau mur de pierres fissura de plus belle, en silence, oublié de mes regards et de mes attentions. Chaque jour, je ramassais des guirlandes, des fanions, des clous... à chaque fois je les replantais et j’en rajoutais même, pour mieux cacher ces horribles fissures qui lézardaient mon beau mur de pierres blanches.


 

**********************


 

C’était un matin de printemps. Je me suis levé et le mur, à force de lézarder, s’était écroulé. Je n’avais rien entendu... rien voulu voir ! Il n’en restait rien d’autre qu’un tas de gravas, gisant là inertes et emmélés sur le sol maculé de poussière grise ! Les deux tableaux de ma vie étaient brisés et sur les décombres de pierres, de bois et de couleurs, je me suis mis à pleurer.

 

L’œuvre de ma vie avait cessé d’exister et en cet instant de peine et de souffrance, je pris conscience de mon aveuglement. Pourquoi n’avais-je pas réparé ce mur, plutôt que de dissimuler encore et toujours les fissures qui le fragilisait un peu plus chaque jour.

 

A tant fissurer, le mur avait bel et bien fini par céder...

 

Depuis, le temps s’écoulait péniblement


et je restais là sur mon tas de gravas,


à sanctifier les ruines sur lesquelles


désormais pourrissait ma chair,

 

noircissait mon âme torturée de regrets et d’amertume

 


 

Epilogue 

   

Un ange vint à passer par là et dit :

 

“Maître Tailleur, relève toi !”

 

“A quoi bon ?” lui demandais-je alors.

 

En me souriant, il me répondit simplement :

 

“Je t'attends !”

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Commenter cet article

ISABELLE 30/03/2011 20:11


Waouhh ! ce texte m'a énormément émue, j'en ai eu les larmes aux yeux ! Fred, quel potentiel tu as et quel âme tu as !