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Eclatobulle

La dépression du poisson rouge

13 Juillet 2010 , Rédigé par eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Echange

Une photo prise lors d'une soirée très sympa, pour les 50 ans de Nicole. Ce soir là, il y a avait aussi un poisson rouge...

 

Bonne lecture !

 

      Poisson-rouge.jpg

 

 

“Floc !”

 

“Ah mince ! Mélanie, le poisson rouge essaie encore de se suicider. Pourquoi ce poisson rouge passe son temps à essayer de se liquider, quelqu’un peut-il me répondre ? MELANIE !!!!!!”

 

Marc s'approche et dit : “Alors qu’est-ce qui se passe mon grand, tu n’es pas bien, là, tranquille dans ton bocal... Personne pour te déranger, on te nourrit tous les jours, je te change ton eau deux fois par semaine, tu devrais être heureux, comme un poisson dans l’eau... euh, visiblement, c’est un mauvais exemple, je suis d’accord !”.

 

Manifestement, les choses n’avaient pas l’air aussi simples...

 

“Floc !”

 

“Mélanie !!!!! Non, mais arrête là... Dis, ma grande, ton poisson rouge ne va pas bien... regarde son œil, il a l’air bizarre... Fait peut-être une indigestion ? Il n’a pas l’air très au frais”

 

“Si tu ne stoppes pas ton petit manège immédiatement, je te mets à la diète, privé de nourriture pendant trois jours !”

 

“Floc ! ”

 

Mélanie leva le nez. “Marc, laisse tomber les menaces avec ce poisson rouge, ca ne marchera jamais. Même le chat se marre quand tu lui cries dessus. La dernière fois, je l’ai bien vu !”

 

Etonné, Marc ajouta : “Ah, c’est ça, il ne supporte pas la présence du chat. C’est un rejet primaire. Je ne m’y connais pas bien en psychologie aquatique, mais je propose que l’on vire ton chat ? Euh... mauvaise idée, je te l’accorde !”

 

C’est certain, il déprime ce poisson rouge...

 

“Et si on lui trouve une copine, c’est peut-être ça. Il se sent seul ce petit poisson rouge. Allez, je file à la jardinerie et je reviens dans l’heure avec Mademoiselle Poisson rouge ! Une préférence mon grand ? De longues nageoires gracieuses, de fines ouïes ravageuses, des mirettes tendres et globuleuses, des écailles scintillantes et bien râpeuses...”

 

“Floc !”

 

“Oh la la ! Mélanie, tu veux bien parler à ton poisson rouge s’il te plaît, moi, je nage là !”

 

Mélanie était en train de mettre la dernière main à sa nouvelle création, une peinture à l’huile où, à nouveau, le rouge flamboyait... Un phénix peu à peu renaissait. Elle posa le pinceau imprégné de peinture et s’essuya machinalement les doigts sur sa blouse de lin... Zut, une tâche, se dit-elle. Pas grave, elle pourrait s’occuper de ça après.

 

Apparemment Marc était préoccupé car c’est bien la première fois qu’il accordait autant d’attention au poisson rouge de Mélanie. Elle s’approcha, ses pieds nus frôlant à peine le parquet.

 

“Marc, regarde, pour l’empêcher de faire le grand plongeon, je fais tout simplement ça : je pose cette petite planche au-dessus du bocal et je mets dessus ce galet blanc. Voilà, et le tour est joué ! Tu ne vas tout de même pas me dire que tu ne l’avais jamais remarqué ?”

 

“Qu’est-ce que tu as ce soir Marc, je te trouves préoccupé... Cela ne te ressemble pas de t’inquiéter pour le poisson rouge ! Si tu veux me parler, tu peux venir me voir directement plutôt que d’essayer d’utiliser le poisson rouge. Déjà qu’il ne va pas très bien... hein mon bubulle !”

 

Mélanie planta son regard dans celui de Marc, sans sourciller. Moins de trois secondes s’écoulèrent avant que Marc ne détourne les yeux. Elle avait vu juste, quelque chose le perturbait, mais il avait du mal à lui en parler.

 

Ce n’est pas encore ce soir qu’elle pourrait terminer son tableau... Elle le savait, ce soir, Mélanie allait devoir faire des heures sup’.

 

Mélanie était psychologue et huit heures par jour, voire plus certaines journées, elle écoutait et aidait Monsieur Colinet, Madame Loridan, le petit Louis que son père battait et tout ceux qui venaient la consulter afin de surmonter les épreuves que la vie avait placées sur leur chemin.

 

Mélanie prit la main de Marc et doucement, elle l’emmena vers le salon, dans la pièce à côté. Elle aimait cette pièce même si les murs étaient abîmés. Un jour, il faudra la rénover. C’était une pièce lumineuse et spacieuse, plutôt bien agencée. C’est elle qui avait choisi le mobilier à l’époque où elle vivait seule.

 

Marc aussi l’aimait. Ils s’assirent sur la méridienne de cuir noir, qui était installée juste en face de la fenêtre. Marc se posa sur les coussins et Mélanie, comme à son habitude, se tenait sur la partie ouverte, le dos bien droit, les épaules légèrement rejetées vers l’arrière. Elle respira doucement et se détendit.

 

Marc et Mélanie restèrent ainsi quelques instants, sans se regarder, le visage tourné vers la fenêtre et le ciel chargé. Le silence n’était pas pesant... c’était une sorte de rituel que Mélanie imposait à ses patients pour leur permettre de mettre de l’ordre dans leurs idées. Marc le savait.

 

Pendant quelques secondes, il joua avec ses mains puis soudain les premiers mots vinrent briser le silence qui régnait dans la pièce.

 

“Tu sais Mélanie, je ne sais pas trop comment te l’annoncer... Ton amie Sophie, elle a appelé tout à l’heure !”

 

Mélanie écarquilla les yeux et comprit immédiatement ce qui allait se passer. Ca y est, le moment était venu de lui annoncer... Elle, qui d’ordinaire savait si bien masquer ses émotions, elle venait de confirmer à Marc ce qu’il imaginait. Comment allait-elle lui dire sans le froisser... Impossible de nier, de toute manière, maintenant, il était au courant... Quelle peste cette Sophie, elle allait l’entendre !

 

“Marc, j’avais l’intention de te parler, ne vas pas croire que je me défilerai !” Marc ne répondit pas et laissa Mélanie continuer.

 

“Ok, que t’a dit Sophie au juste, qu’elle m’a croisait l’autre jour avec Sylvain à la galerie, c’est ça ?” “De toute façon, il était déjà trop tard à ce moment là, je me suis engagée, je n’ai qu’une parole, tu le sais !”

 

“ Cette expo, ca fait huit ans maintenant que je la prépare, c’est le moment pour moi de réaliser mes rêves... Tu peux le comprendre ça, hein ! Et puis, tu m’as toujours dit que le jour venu, tu me soutiendrais ! Alors voilà, c’est décidé, je quitte le cabinet et je compte vivre de ma peinture ! Sylvain me l’a dit, chez Drouot, ma côte a encore monté ! Tu te souviens du petit tableau que j’ai peint l’été dernier, le rouge... un collectionneur vient de l’acheter huit mille trois cent euros, tu te rends compte ! Quand Sylvain m’a annoncé ça, je n’ai plus hésité !”

A présent, c’est Marc qui fixait Mélanie sans sourciller. Elle ne baissa pas les yeux.

 

Marc se pencha alors sur le côté de la méridienne et prit un petit paquet qu’il tendit à Mélanie.

 

 “Et si c’était la déco qui ne lui plaisait pas, à ton poisson rouge ? Tiens ma grande, regarde, pour qu’il ne se sente plus tout seul...”

 

Mélanie arracha le papier Kraft et s’exclama : “Mon cadre rouge, c’est toi qui l’a acheté !”

 

Marc se leva, prit délicatement le cadre rouge des mains de Mélanie et se dirigea vers le bocal du poisson rouge. Il posa le cadre juste à côté et souleva la petite planche de bois retenue par le galet...

 

“Floc !”

 

“Râté, c’est pas ça non plus...”

 

 

 

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