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Eclatobulle

Il était une fois un galet...

30 Octobre 2010 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Essai

 

 

 

 Il était une fois un galet...

 

 

Temps I : le porte-bonheur

 

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“Oh, regarde ce caillou ! Il est drôlement beau... je peux le prendre dis ?” Une fillette était accroupie au bord d’une petite flaque et regardait au fond de celle-ci un joli petit caillou noir, de forme allongée, aux bords lisses et polis par les vagues et le temps qui l’avait oublié là.

 

Elle plongea la main dans l’eau glacée et attrapa la pierre ainsi qu’un peu de sable. Elle le regarda d’un peu plus près et le nettoya comme il fallait. Quand elle eut terminé, elle tourna le caillou entre ses doigts en le frottant. Après un instant, il était presque sec et elle put en apprécier la belle couleur noire, un peu brillante. A son goût, c’était un joli galet, différent de ceux que l’on trouvait habituellement sur la plage d’Ambleteuse, où elle et sa maman aimaient se promener.

 

Elle se mit à courir vers sa mère qui se trouvait non loin pour le lui montrer, toute fière qu’elle était de son nouveau trophée !

 

“Regarde Maman, il est beau mon galet, hein, tu le trouves comment dis-moi ?”

 

La maman se pencha sur la main ouverte de sa petite fille et regarda le caillou posé au creux. “Oui, ma puce, c’est un joli galet que tu as trouvé. Tiens, c’est drôle, il est tout noir ! Mets-le dans ta poche afin de ne pas le perdre, sinon, tu seras désolée !”

 

La petite fille s’exécuta et referma la paume de sa main sur le caillou. Elle fourra le galet au fond de sa poche et tira la zipette. Elle se remit à gambader sur la plage ! Filant le nez au vent, elle se dirigeait vers quelques rochers émergés, laissant derrière elle des empreintes sur le sable meuble et humide du bord de mer.

 

Après la balade avec sa mère, la petite fille rentra à la maison et alla dans sa chambre. Elle ôta son manteau, qu’elle jeta sur le lit et fouilla dans sa poche. Elle cherchait le galet. Lorsqu’elle le trouva, elle le regarda à nouveau, caressa de ses petits doigts la surface douce et lisse puis passa à autre chose. Elle posa le galet sur un coin de son bureau. Et il y resta... un certain temps. Les enfants sont ainsi, ils aiment à collectionner toutes sortes de choses, dont les adultes se disent, à tort, qu’ils n’en feront rien. Le temps passait. Mais était-il pour autant perdu pour le galet ?

 

C’est vrai, le joli galet noir resta là pendant des jours jusqu’au moment où... à l’école, le maître demanda aux élèves de ramener pour la séance d’art plastique du jeudi matin trois objets de couleurs, de tailles et de matières différentes. En rentrant le soir, la petite fille se souvint alors du galet et partit à sa recherche. Elle se rappelait l’avoir posé sur un coin de son bureau. Mais depuis, des feuilles et les livres avaient recouvert l’endroit. Elle souleva le tas de feuilles délicatement et tel un trésor enfoui, le petit galet noir apparut, là où elle l’avait laissé.

 

Le jour de l’exposé était arrivé et la fillette posa devant elle le résulta de ses recherches. Le maître passa de table en table et inspecta les trouvailles de chaque élève. Lorsqu’il se pencha sur les trésors de la petite fille, il remarqua le beau galet noir qu’elle avait ramené. “Alors, que nous as-tu ramené dis-moi ? Je vois une perle en plastique rouge, un ruban de soie verte et... un fort joli galet noir !”

 

“Avec tout ça, que pourrions-nous bien faire ?” demanda-t-il en s’adressant à la classe toute entière. Toutes sortes d’idées fusèrent, à droite, à gauche... et pendant ce temps, la fillette ne perdait pas son temps ! Elle enfila la perle rouge sur une extrémité du ruban vert et faisait un nœud autour du galet noir avec l’autre bout. Quand elle eut terminé, elle se leva et montra sa création : “Monsieur, j’ai fait un pendule comme celui de la grande horloge chez ma mamie ! Regardez !” Elle actionna le pendule improvisé et des rires éclatèrent ici et là...

 

Tenant la perle rouge entre ses doigts fins, le galet noir se balançait doucement au bout du ruban vert.

 

Mais le maître reprit aussitôt : “Mais non, on ne rigole pas, c’est une bonne idée. Cela pourrait être pour nous le symbole du temps qui passe, comme le marque le pendule d’une horloge, comme chez ta mamie. Tu as raison ! Accrochons-le sous l’étagère au fond de la classe !” La petite fille était fière d’elle et chaque jour où elle avait école, elle jetait un petit coup d’œil à sa création et au petit galet noir, qu’elle aimait.

 

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Du temps où sur la plage il était perdu,

le galet était alors devenu

pour les enfants de la classe

l’évidence du temps qui passe !

 

 

L’année scolaire avança, au rythme des saisons. Juin arriva bientôt et la fin de l’école aussi. Les cris, les pleurs et la folle gaieté laissèrent la place en ce lieu à un silence infernal et le galet noir restait ainsi suspendu au beau milieu de ce vide...

 

Seulement, cela était sans compter sur la loi immuable de la gravité qui attirait irrésistiblement toute chose vers le bas. Une nuit, le nœud qui retenait le galet devint si lâche que le galet glissa et tomba au sol.

 

L’été se passa et le galet gisait seul sur le sol, parmi la poussière qui s’accumulait peu à peu, au fil des semaines. Quand un beau matin, une clé tourna dans la serrure qui fermait la porte de la classe et un homme entra. Il était vêtu d’une salopette bleue et tenait à la main un sceau. La rentrée approchait et il était désormais temps de nettoyer les classes de l’école.

 

L’homme avança dans la pièce et se dirigea vers les fenêtres pour aérer l’endroit. Le soleil perçait de temps à autre la mer de nuages qui flottait dans le ciel. Il faisait assez doux. L’homme inspecta rapidement l’état de la classe pour en juger la quantité de travail. La classe était bien rangée. Néanmoins, il lui faudrait nettoyer le sol et passer en coup sur les tables et le bureau du maître, pour enlever la poussière. Il s’affaira ainsi.

 

Il amena son seau vers le fond de la classe, car c’est toujours par là qu’il commençait et trempa sa serpillière dans l’eau tiède. Il remarqua alors qu’un objet était là, sur le sol.

 

“Un galet noir ?” pensa-t-il lorsqu’il le vit. Il se baissa et le ramassa. Ses mains étaient humides et au contact de l’eau, le galet noir se mit à briller sous les rayons du soleil qui réapparaissait. Il le prit entre ses doigts, le tourna plusieurs fois et le regarda attentivement.

 

“Quel beau galet !” dit-il alors à voix haute pour lui-même. Il pensa à un présage, que c’était peut-être son jour de chance, puis enfouit rapidement cette pensée au fond de son âme. “On verra ça ce soir...”

 

Il ne remarqua pas le ruban vert qui pendait sous l’étagère et il glissa la pierre dans sa poche, en se disant qu’un gamin avait dû l’abandonner là à la fin de l’année.

 

“Bah, après tout, il ne manquera à personne !” C’est ainsi que l’homme se donna bonne conscience et qu’il emmena le galet vers d’autres lieux. Lorsqu’il eut terminé sa journée de travail. Il rentra.

 

Et sa vie changea. Car ce soir là, il avait rendez-vous chez le médecin. L’homme était inquiet car c’était aujourd’hui qu’il allait savoir si la maladie était enrayée. Après des mois de traitements, de lutte, la leucémie semblait enfin en rémission. Jour après jour, il allait mieux. Il avait même pu reprendre le travail. Ce soir, le docteur lui dirait enfin ce qu’il en était réellement.

 

Il avait nourri une angoisse toute la journée, en attendant le rendez-vous. Maintenant, il était assis dans la salle d’attente, il patientait. Plus que deux personnes devant lui... il glissa la main dans sa poche et sentit le contact de la pierre trouvée le matin. Elle était froide. Il la tourna machinalement entre ses doigts.

 

Le temps passait. La porte du cabinet s’ouvrit et le docteur apparut. C’était son tour. Ils se saluèrent et il entra. La nervosité pouvait se lire sur son visage. Il avait sorti le galet de sa poche à présent et il le manipulait en tous sens nerveusement.

 

“Bon, Monsieur !” déclara le médecin ”Je vois que vous êtes stressé et je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. La leucémie est en rémission complète. Je pense que vous vous en doutiez, sinon, je vous aurais appelé avant. C’est une bonne nouvelle, le traitement a bien fonctionné. Vos analyses sont bonnes et il n’y a plus lieu de vous inquiéter. Bien sûr, nous allons mettre en place un suivi, pour prévenir une rechute, mais à ce jour, vous allez bien !”

 

Un sourire se dessina sur le visage du docteur. L’homme quant à lui, tenait toujours son petit galet noir entre les doigts. Il le serait bien fort... Il était chaud à présent et cette chaleur le rassurait. Il n’était plus malade, il allait vivre. Il se sentit immensément soulagé.

 

“Merci Docteur !” avait-il dit.

 

Parce que l’on a parfois besoin de croire que le destin donne un coup de pouce, surtout lorsque les choses vont mal... on se raccroche alors à ces insignifiances qui nous rassurent.

 

C’est ce qu’il advint entre l’homme et le galet noir. Depuis le jour où il trouva le galet noir sur le sol de la classe, en souvenir de cet instant où il attendait... l’homme vit en lui le symbole de l’espoir, de l’avenir, de l’éternité.

 

Du temps qui passe et de l’oubli,

le galet était à présent espérance et vie.

 

Il ne le quitta plus, comme pour conjurer le sort. Oui, ce jour où le docteur lui avait annoncé la bonne nouvelle, il ne l’oublierait pas. C’est ce jour-là qu’il avait trouvé son galet et ce n’était sans doute pas un hasard. S’en séparer était devenu impossible car cette petite pierre avait une force en elle qui tenait loin de lui le mal qui l’avait rongé. Il en était sûr ! L’homme voulait croire à cela et c’est ainsi que la maladie ne revint jamais. Toute sa vie durant, il crut au pouvoir protecteur du galet.

 

Lorsqu’il changeait de veste, il pensait toujours à le glisser dans sa poche. Il aimait la douceur de sa surface lisse sous ses doigts. Il le caressait, jouait souvent avec. Il le portait à ses lèvres et le tenait entre ses paumes. En quelque sorte, le galet était le symbole de la vie, de sa vie, celle qu’il aimait par dessus tout !

 

Ce galet, c’était son secret, il n’en avait jamais parlé à personne. L’idée de le perdre était inconcevable. Ainsi, à l’âge de quatre-vingt-un ans, lorsque le cœur fatigué de l’homme s’arrêta de battre, il quitta le monde avec un petit galet noir dans la paume de la main...

 

Ce qu’il advint du galet... Ce fut la fille de l’homme qui découvrir la pierre. Sur l’instant, alors que les larmes ravageaient son visage, elle trouva étrange la présence de ce galet tout noir dans la main de son père. Elle la prit entre ses doigts et dans la pâle lueur de ce jour funeste, la pierre noire brillait timidement. Sa surface était douce et froide. Sa forme n’était pas régulière, mais elle était agréable à toucher.

 

Manifestement, cette pierre devait avoir de l’importance pour son père. D’où venait-elle ? Elle décida de la garder. Elle prit le sac posé sur la commode et la déposa dans son porte-monnaie pour être sûre de la retrouver...

 

Pour le galet noir, un autre temps allait commencer.

 

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Laury (LM) 31/10/2010 17:48


Bonjour,
j'ai aimée la première photo est trés belle et la dernière surtout pour le symbole.
les phrases en gras comme de jolies citations. l'histoire qui reflète bien le temps et les changements, la répercussions des actes, les petites choses qui nous tiennent à coeur.
merci pour ce texte.
Passe une bonne soirée.