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Eclatobulle

Faits divers de l’été !

21 Juillet 2011 , Rédigé par livre.eclatobulle.over-blog.com Publié dans #Billets d'humeur

Parce que l’on oublie parfois qu’un homme est avant tout un être humain et que la vie nous met parfois dans une situation de détresse si forte qu’un rien nous propulserait dans la rue, démuni de tout. C’est bien malheureux de devoir en arriver à de telles extrémités dans un pays comme la France, pour se faire entendre, car au-delà du délit que je ne cautionne pas, il y a une terrible souffrance !

 

Faits divers de l'été !


C’était le 21 juin, le jour de l’été.

Je suis entré dans la banque, et d’un coup d’oeil rapide, j’ai regardé autour de moi s’il y avait du monde aux guichets. A ma gauche, une jeune femme attendait que son opération soit validée au distributeur automatique de billets.


En ce début d’après-midi, personne n’attendait devant les guichets et comme par réflexe ou par fétichisme, je me dirigeais vers celui des trois qui était le plus à ma gauche.


Derrière la vitre sécurisée, un homme d’environ cinquante ans, peut être un peu plus, était affairé, occupé à trier la petite pile de documents devant lui, sûrement des bordereaux à classer. Dans les deux autres guérites, ses collègues faisaient de même et ne prêtèrent pas attention à mon entrée.


Quand je fus devant la vitre, l’homme releva la tête et me dit : “Bonjour Monsieur !”


Je ne répondis pas et tendis un petit morceau de papier sur lequel j’avais griffonné quelques mots à l’encre noire.


L’homme au guichet écarquilla un instant les yeux, visiblement étonné qu’un quidam lui tende un bout de papier, sans rien dire. Son regard se posa sur ce que je venais de placer sur le comptoir et, après un temps d’hésitation,  il avança la main pour s’en saisir.


Il fit glisser vers lui le morceau de page déchirée et lu le message qui y figurait. Intérieurement, je relisais avec lui ce qui j’avais inscrit dessus moins d’une heure plutôt et mon cœur se mit à battre un peu plus fort :


“Madame ou Monsieur, je suis en train de vous braquer 

et si vous bougez ou criez, je ferai usage des deux neufs

millimètres que je porte sur moi pour vous tuer.

Donnez-moi l’argent qui se trouve dans votre caisse

et je m’en irai !”


 

L’homme au guichet se raidit en une fraction de seconde et me regarda, l’air affolé… je posais mon index sur la bouche et mon regard invita le sien à le suivre. J’écartai le pan de ma veste trois quart pour lui montrer les deux pistolets.


Je pouvais lire dans les yeux de l’homme de la peur et ses mains se mirent à fouiller dans la caisse qui se trouvait sous le guichet.


A tout instant désormais, je m’attendais à entendre une sirène retentir, des stores se baisser et des policiers débouler dans tous les coins, armes aux poings pour m’isoler…


Mais à mon grand étonnement, il n’en fut rien. L’homme au guichet tira vers lui un tiroir et maladroitement, commença à rassembler tous les billets qui s’y trouvaient. En moins de deux minutes, il me tendit une liasse que je pris avec calme et je me suis en aller.


J’étais resté dans la banque moins de dix minutes et je ressortais comme j’étais entré, avec un calme tout apparent, mais avec le cœur qui battait la chamade à l’intérieur. A chaque pas, j’attendais que l’on me dise d’arrêter, de me coucher au sol, qu’une sonnerie infernale se mette à résonner.


Rien, je continuai à avancer, j’étais à présent sur le trottoir et personne ne me courrait après. J’avais l’impression d’être hors du temps, et je suis resté là, hagard quelques instants. J’ai regardé à droite puis à gauche, sans vraiment prêter attention à ce que je voyais.


Je me suis alors remis à marcher, d’un pas tranquille. Une fois encore, c’est vers la gauche que je suis parti. Au premier feu, j’ai traversé et je me suis retrouvé de l’autre côté de la rue, en plein centre de Lille. J’ai regardé la banque. Société Générale était inscrit en grand sur le fronton du bâtiment. Je venais donc de braquer la société générale et j’en étais ressortir sans la moindre difficulté. J’avais de la peine à prendre conscience de ce que je venais de faire… pourtant, je l’avais fait !


Pourquoi ? Je glissais la main dans la poche et je sentais la liasse de billets. Pour de l’argent ? Non, l’argent je m’en foutais.


Pourquoi étais-je là, sur le trottoir d’en face, libre d’aller et de sauver ? Je remarquais que mon cœur avait retrouvé un rythme normal. J’ai respiré un grand coup, j’ai regardé le ciel au-dessus de moi. Il était bleu, il faisait beau, chaud même. Nous étions en juin, c’était de saison après tout.


Soudain, j’ai sursauté, une voiture venait de klaxonner à quelques mètres de moi. Je tournais la tête et un type semblait énervé au volant de sa Toyota.


J’ai marché sur le trottoir d’en face, sans quitter des yeux la banque que je venais de voler. Au carrefour suivant, j’ai retraversé et je suis reparti vers la banque, les yeux rivés dessus. J’imaginais que, dans quelques secondes, une voiture de police devrait arrivée car les gens de la banque avait dû appeler.


Rien. Je suis repassais devant la banque et j’ai regardé. Tout semblait normal. J’ai continuai mon chemin, jusqu’au feu et j’ai retraversé. J’ai fait ca pendant deux heures.


Rien. J’étais là dans la rue, à quelques dizaines de mètres de la banque que je venais de braquer et c’était comme si rien ne s’était passé. Personne n’avait alerté la police, j’en étais sûr, je n’avais pas quitté l’entrée de la Société Générale une seconde des yeux. C’était insensé et pourtant…


Après deux heures et dix minutes, j’étais fatigué de marcher et j’ai décidé de rentrer à la maison. Personne ne viendrait me cueillir ici. Sans doute les caméras de la banque avait filmé mon visage et la police viendrait me chercher tranquillement chez moi. C’est donc à la maison que je devais retourner.


Je suis monté dans le scénic que j’avais garé non loin. “Tiens j’ai pris un PV” constatai-je. Normal, je n’avais pas mis d’argent dans le parcmètre. Je pris le papillon,  je le déchirais et le jetais par terre.


Je suis rentré à Gondecourt, là où j’habitais. En stoppant le véhicule devant chez moi, j’ai regardé dans la rue si je voyais des voitures que je ne connaissais pas. Non, tout semblait normal. Je suis descendu de voiture, j’ai marché et une fois devant la maison, j’ai ouvert la porte d’entrée.


La maison était vide, les enfants n’étaient pas là… depuis huit mois ils n’étaient plus là. Juste deux jours par ci, et la moitié des vacances car on m’avait refusé la garde alternée, j’avais perdu mon travail après la séparation et ma femme m’avait fait les pires misères…


“Mes deux petits bouts…” me dis-je. Leur photo était là, sur la commode de l’entrée. Ils allaient le détester maintenant leur papa… avec ce que je venais de faire !


Je posais les clés dans le vide poche et j’abandonnais le trois quart sur le dossier d’une chaise de la salle à manger. L’argent était là, dans une poche et je ne savais même pas combien j’avais volé.


Comme toujours quand  je regardais leur photo, je me suis mis à pleurer. Ca faisait huit mois et tous les jours, je pleurais leur absence. Ils me manquaient à m’en faire perdre la raison.  Cela me tordait le ventre, et parfois, je vomissais tellement je souffrais.


“Mes petits bouts… pourquoi me les avait-on enlever ?”. “Pourquoi leur mère était-elle plus qualifier que moi pour s’en occuper ?”


Le soir était tombé et je fermais les volets de la maison. La police n’était toujours pas venue me chercher. Je me suis allongé dans le canapé et j’ai dormi.


Je suis resté chez moi comme ca, sans sortir ou presque, pendant des semaines. De temps en temps, j’allais faire quelques courses avec l’argent volé. Je prenais le scénic. Ah oui, le fameux scénic, que j’avais payé avec un chèque en bois en mai dernier.


Depuis, j’avais reçu quelques lettres du garage Renault qui me menaçait de reprendre le véhicule si je ne payais pas. Avec quoi ces idiots voulaient-ils que je paie, j’étais ruiné, j’avais perdu mon emploi, je n’avais plus un sou de côté.


************************************


Le 18 juillet, on sonna à la porte de la maison. Quand j’ai ouvert, j’ai vite compris que c’était les gens de la concession qui venaient pour récupérer le véhicule. J’ai refusé de leur rendre et je leur ai dit que c’est à la police et à elle seule que je le rendrai. J’étais calme.


Les deux hommes entrèrent dans la maison et j’ai appelé la police. Quinze minutes plus tard, un véhicule de la police nationale s’est arrêté devant la maison et j’ai fait rentré les deux policiers. Les deux personnes de la concession expliquèrent leur cas et les policiers me demandèrent si cela était vrai.


Je répondis par l’affirmative et je pris les clés du scénic dans le vide-poche, qui se trouvait à côté de la photo des enfants. Je les tendis au policier près de moi et il les remit aux gens de la concession. Ces derniers râlèrent une fois encore et sortirent de la maison. Ils avaient récupéré leur scénic, avec quinze mille bornes au compteur… j’avais bien roulé !


Les policiers allaient prendre congé et c’est là, alors sous le regard des mes enfants que j’ai craqué. Je me suis mis à pleurer et les policiers se retournèrent vers moi, étonnés.


“Ca ne va pas Monsieur ? “ me demandèrent-ils.


“Non, non, pas vraiment non, vous voulez bien attendre un instant s’il vous plaît ?” déclarai-je.


Et je suis parti dans la cuisine. J’ai ouvert le tiroir et j’ai pris les deux pistolets en plastique que j’avais acheté chez Picwic. C’était les armes que j’avais utilisé pour braquer la banque, en juin dernier. Des milles euros que j’avais volés, il ne restait pas grand chose car j’avais utilisé cet argent pour me nourrir.


En revenant vers les deux policiers, je leur ai tout expliqué…  pour le braquage.

 

48 heures plus tard, je sortais de garde à vue…

 

 

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